Ah, les bouchons des départs en vacances! De l'aménagement du calendrier à celui des flux de transport, il y aurait bien des scénarios susceptibles de remédier à ce fléau. Mais on ôterait ce faisant un des rendez-vous essentiels (avec le baccalauréat, la rentrée scolaire et les cadeaux de Noël), qui structurent l'agenda des journaux télévisés. Compte tenu de la noble mission du journalisme, l'importance accordée à ces sujets mineurs pourrait faire sourire. Mais si on observe en toute objectivité le travail que réalisent les professionnels dans ces circonstances, on est obligé de l'admettre: ils ne sont jamais aussi bons que lors de ces rendez-vous récurrents. La richesse et la variété des angles, la profusion des reportages et du direct, la profondeur et l'intérêt des expertises: on aimerait que tous les sujets soient traités avec les mêmes égards que ces marronniers. Mais voilà, contrairement à l'idée reçue qui voudrait qu'un journaliste soit formé pour réagir à l'actualité, il est plutôt désarçonné par l'imprévu et n'aime rien plus que la répétition. Comme les JO ou une éclipse de lune, un événement prévisible de longue date permet une préparation minutieuse, sans la pression du stress et les pièges de l'inconnu. Certains penseront que ce journalisme en chaussons est loin d'Albert Londres, de Seymour Hersh ou de Christophe Barbier. Mais il est au plus proche de la réalité d'un métier qui privilégie le confort de la récurrence et la facilité de l'itération. Un trait qui explique bien des travers du débat public.