Henri Guaino revient et il n'est pas content. Comme un criminel qui retourne sur les lieux de son crime, un an après jour pour jour, le conseiller spécial relit son malheureux discours de Dakar. Incroyable exercice d'auto-commentaire qui s'étend en longues citations satisfaites, par la plume même qui l'a produit – accueilli par un quotidien du soir dont on admirera le scrupule.

Guaino n'a pas aimé qu'on le traite de raciste ou de paternaliste. C'est la principale leçon de ce texte qui, plutôt qu'une auto-justification, inflige une volée de bois vert a ses contradicteurs, à grands coups de Senghor, de Lévi-Strauss ou de Braudel. Raciste, Guaino – alors que «jamais un président français n'avait été aussi loin sur l'esclavage et la colonisation»? Qu'on en juge: n'a-t-il pas fait dire verbatim à l'acteur élyséen que, oui, «il y a eu la traite négrière» et que, oui, les Européens «ont eu tort»? Si ça n'est pas du lourd, s'émeut la plume – qui, dans le même souffle, gâche immédiatement son coming-out altermondialiste en ne pouvant s'empêcher, c'est plus fort que lui, de copier-coller aussi la suite, rappel des colons «qui ont construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles»...

Inutile de s'appesantir. J'ai déjà analysé ailleurs les inimitables qualités de l'historien amateur, qui ne connaît qu'une figure de style – l'anaphore –, qu'un outil démonstratif – l'argument d'autorité – et qu'un mode de pensée – le cliché. La vraie information est ailleurs: dans ce retour exaspéré sur une critique jugée intolérable. Aura-t-on semblable explication de texte pour chacun des discours de celui qui est payé pour les produire – et pourquoi pas les réponses aux répliques puis la réfutation des objections? Ce long couloir de pleurnicheries peut s'étendre bien au-delà des deux mandats de Sarkozy. Mais, selon une tactique constante de l'équipe au pouvoir, il s'agit bien ici de réduire à néant toute contradiction, d'imposer à tous une raison et une seule. Qu'on se le dise: on répètera autant qu'il faut slogans et préjugés, sur tous les tons et dans tous les canards (si utiles à la démocratie), jusqu'à en faire l'unique vérité possible. Fut-ce du trou du souffleur, rien ne fera taire cette volonté farouche de prescrire l'histoire. Dans une vision certes plus proche de George Orwell que de Marc Bloch (mais ils ne font ni l'un ni l'autre partie du répertoire de citations du nègre).