image La rédaction de lettres de recommandation constitue une part non négligeable de l'activité d'un professeur. Du point de vue des étudiants, ce travail est souvent perçu comme un pur exercice formel, où il suffit d'aligner quelques phrases creuses et autant de formules toutes faites. Seul compte à leurs yeux le prestige de la signature. Mettons de côté les demandes de consultation d'un fonds, les appuis pour la participation à un colloque et autres attestations qui relèvent en effet de la routine. Mais pour les enjeux plus importants, comme les demandes de bourse, les soutiens à une allocation ou un concours, une telle vision est une grossière erreur. Pour ces ressources chichement octroyées, les recommandations sont au contraire examinées à la loupe, et mobilisent tous les moyens de la science de l'énonciation académique.

Quoique ne faisant pas l'objet d'un enseignement officiel, cette discipline est l'une des plus précieuses de l'univers savant. Burinée par l'habitude des jurys et des rapports, elle s'acquiert en observant la pratique des aînés et les résultats obtenus. Seuls ceux qui ont accédé à l'envers du décor mesurent la redoutable subtilité de ses effets, la puissance d'un mot, la perversité d'une formule. Maîtriser cette rhétorique est une condition indispensable à la participation à la vie universitaire.

Ecrire une bonne lettre de recommandation est aussi difficile qu'écrire un bon article. Il y faut non seulement une analyse des attentes de l'institution, une remise en perspective des travaux du candidat, mais une solide capacité de synthèse et des arguments convaincants. Tout cela ne s'invente pas entre la poire et le fromage. Le meilleur fondement d'un tel exercice est la bonne connaissance du dossier de l'intéressé. Plus sa fréquentation aura été longue et assidue, moins on dira de banalités, mieux on défendra les particularités d'un profil. On peut parfaitement écrire un courrier de soutien aux apparences flatteuses pour quelqu'un dont on ne connaît que superficiellement les qualités – mais un tel appui ne fera pas illusion, manquera de la touche de proximité nécessaire et aura rarement l'effet escompté. Compte tenu des capacités de décodage des initiés, il ne sert à rien d'aller frapper à la porte d'un professeur prestigieux pour quémander une signature. Au contraire, la meilleure lettre de recommandation est le résultat d'un commerce soigneusement cultivé, dans la durée, entre l'étudiant et son directeur. S'entretenir régulièrement avec lui de ses progrès, de ses questions ou de ses doutes n'est donc pas seulement une manière polie de faire participer l'ancêtre à sa recherche – c'est aussi une façon de l'aider à s'en construire une représentation efficace, et donc de préparer sa valorisation future.