Comme un polichinelle qui pendouille hors de sa boîte. Se souvient-on encore des joutes fiévreuses, du "casse-toi pauv'con", des analyses pour contrer l'adversaire? Ces derniers temps – je le note au passage –, j'ai l'impression que le ressort est cassé. N'arrive plus à m'intéresser, le vendeur de journaux. C'est à la lumière du piteux entretien de CBS dans Libé et du peu d'intérêt qu'il suscite chez moi et dans ma partie de blogosphère (ce type est si inconsistant que ce n'est que par ses femmes qu'on s'aperçoit des fluctuations de son image), que j'en prends conscience. Ses phrases, ses sauts, ses tics – Sarko ne m'amuse plus. Non qu'il m'ait jamais beaucoup fait rire. Mais le goût de l'ironie ou de la caricature pouvait encore, il y a peu, atténuer l'amertume. Là, non. Même plus exaspéré. Je suis juste fatigué, dégoûté, honteux. Est-ce le KO par abandon? Le même que celui des grévistes, des syndicats, assommés par l'avalanche? Ou ce moment de l'histoire des tyrannies, du ressac où se préparent d'autres passions, plus dures et plus violentes? Ce que je sens confusément, c'est que cet abattement va de pair avec la démonstration de l'inutilité de toute contradiction, la ruine de toute forme d'argumentation, la perversion systématique du dialogue par le mensonge. Que fait-on, en politique, lorsqu'il n'y a plus de porte de sortie – juste le mur qui s'élève, chaque jour un peu plus? L'avenir le dira. Pour aujourd'hui, noter ce sentiment d'impuissance nauséeuse, qui me renseigne mieux que tout autre sur la nature véritable du régime. En dernière analyse, le ressort qui a cassé n'est pas celui de la machine Sarkozy, mais celui du formalisme démocratique. Ce qui est autrement plus grave.