Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Parution de "Le Cinéma, naissance d'un art"

image Je viens de recevoir un exemplaire de Le Cinéma, naissance d’un art. Premiers écrits, 1895-1920, un recueil de textes choisis et présentés par Daniel Banda et José Moure dans la collection Champs/Flammarion. Une mine sur les premiers temps du cinéma – malheureusement sans index – à un prix des plus abordables (13 €). En attendant une critique en bonne et due forme, on trouvera ci-dessous le sommaire alléchant du volume, ainsi qu'un extrait d'un des premiers textes de l'ouvrage: la réaction de Jules Claretie à la projection du Cinématographe des frères Lumière.


Le spectre des vivants, par Jules Claretie, Le Temps, 13 février 1896

On se demande ce qu'on pourra, en art, au théâtre par exemple, réaliser avec ces photographies agissantes, ambulantes. C'est la réalité même. Des baigneurs se jettent dans la mer, la vague déferle, se brise en paquets d'écume. Un train arrive sur une voie ferrée; les voyageurs en descendent, s'étirant, visiblement las; d'autres accourent, ouvrent les portières, montent dans les wagons. Le conducteur les éperonne, les pousse. Une rue de Lyon, avec ses fiacres, ses passants, ses chevaux, ses tramways, nous donne l'illusion d'un voyage. L'arrivée d'un bateau-mouche à une station sur la Saône, donne l'aspect grouillant de passagers pressés, se précipitant sur la passerelle dans toute la hâte trépidante de la poussée moderne. Ils sont là, saisis sur le vif avec leurs tics et leurs coutumières allures. Il en est qui fument et leur cigare jette à l'air son petit nuage. Visiblement, c'est la vie, la vie de tous les jours, scrupuleusement notée par un instrument qui, avec ses huit cent cinquante instantanés, nous rend, par rotation, les mouvements (un peu saccadés) de ce microcosme.

Chose curieuse, lorsque la scène est composée, lorsqu'on nous montre, par exemple, deux amis se querellant à propos d'un article de journal, ou un gamin posant le pied sur le tuyau d'arrosage d'un jardinier, la sensation de vérité absolue, de stricte réalité disparaît. Il faut à ces photographies animées l'instantané pris sur la vie sans pose. Au moindre apprêt, adieu illusion!

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Requiem pour Elkabbach

Georges Marchais a finalement gagné. On apprend aujourd'hui que Jean-Pierre Elkabbach sera remplacé dès la semaine prochaine à la tête d'Europe 1 par Alexandre Bompard, patron des sports du groupe Canal+ et ancien collaborateur de François Fillon (ce qui ne devrait pas modifier beaucoup la ligne politique de la station). Un départ sans gloire, après l'annonce prématurée de la mort de l'ami des mémés. Parmi les innombrables agressions que l'intervieweur réservait avec constance aux syndicalistes, aux représentants des partis de gauche et autres fonctionnaires, je retiendrai celle adressée un matin à un chercheur du CNRS. Il s'agissait de confronter le scientifique avec le comble de l'ignominie libérale: le bénéfice d'un «poste à vie». Cher Jean-Pierre, toi que j'ai toujours entendu causer dans le poste depuis ma tendre enfance, toi qui l'a conservé jusqu'au bel âge de 70 ans, n'as-tu pas été heureux de pouvoir faire ton métier, celui que tu aimes et que tu as choisi, jusqu'au bout – et même au-delà? Alors tu comprendras qu'un chercheur reprenne en guise de salut ce voeu historique: tais-toi, Elkabbach!

(Un voeu qui n'est pas près de se réaliser, car dans le privé, les postes à vie s'étendent largement au-delà des limites usuelles: le journaliste le plus décrédibilisé du PAF devrait conserver son interview politique du matin sur Europe 1. En bonne logique manageriale, la tête de turc de la blogosphère devrait également se voir confier la direction de Lagardère News, structure vouée à mettre en valeur les contenus numériques du groupe. Cherchez l'erreur.)