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La presse est-elle encore fiable?

image En quelques mois, les affaires du faux SMS au Nouvel Observateur, de l'annonce prématurée de la mort de Pascal Sevran sur Europe 1, puis de la bourde spectaculaire du Monde à propos des photos d'Hiroshima ont atteint les médias les plus réputés. La revendication d'exactitude du journalisme n'est-elle plus qu'un souvenir? Nous n'en sommes pas là. Mais le diagnostic unanime que suscitent ces faux-pas, de l'aveu même de leurs auteurs, désigne la pression du web dans un univers ultra-concurrentiel. Au sein d'organes fragilisés par la crise, la barre de l'exigence parfois s'abaisse devant la perspective du scoop, et fait omettre les procédures élémentaires de vérification, au profit d'une publication accélérée.

Devant cette accumulation, les plus insouciants se draperont dans la vanité des déclarations d'intention et des protestations de zèle. Mais il semble clair que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, ces bévues sont autant de présages d'une évolution inéluctable. Comme il paraît peu probable de voir la presse retrouver rapidement la situation de prospérité qui fut la sienne dans les années 1970, ne faut-il pas admettre de modifier plutôt nos attentes et nos habitudes? Relevant combien l'écriture journalistique s'était renouvelée au contact d'internet pendant la période récente, Benoît Raphaël dresse un récapitulatif en dix points des nouvelles pratiques éditoriales, au nombre desquelles il retient les modèles de la conversation, du work in progress, de la déhiérarchisation, du référencement, etc. On pourrait y ajouter désormais l'erreur, bien connue des blogs, où elle n'est pas un drame. Le manque de fiabilité y est compensé par la vérification collective des commentateurs, l'apprentissage de l'humilité et la pratique de la rectification. Désormais imitée par les plus grands éditeurs, Wikipédia a démontré qu'un tel faisceau d'autocorrections pouvait fournir de meilleurs résultats que l'application paresseuse du formalisme éditorial classique.

La presse a-t-elle vraiment le choix? A moins d'attendre que la multiplication des faux-pas achève de miner une confiance déjà chancelante, ne vaut-il pas mieux afficher son droit à l'erreur et partager avec les blogs l'efficacité d'un savoir modeste? A tous le moins, le constat de la réalité du journalisme tel qu'il se fait devrait-il faire réfléchir les plus anciens au ridicule de certaines déclarations. Le web a bien des vices et bien des défauts, mais s'il a une qualité, c'est d'avoir ringardisé l'arrogance. Franchement, qui s'en plaindra?

Soutenance de thèse "Guerre des images, guerre sans image?", Par Marie Chominot

La thèse de doctorat d'histoire "Guerre des images, guerre sans image? Pratiques et usages de la photographie pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962)", présentée par Marie Chominot sera soutenue le mercredi 14 mai 2008 à 9h00 à l'Université Paris VIII, salle: D 143.

Jury: Benjamin Stora (directeur), Omar Carlier, Stéphane Audouin-Rouzeau, Michel Poivert, Christian Delage, Abdelmadjid Merdaci.