665a0385ab6ecd55202e1f81ebbd9750.jpgQuels garnements, ces journalistes! Par devant, ils vous assassinent crânement le journalisme citoyen, coupable de tous les maux, incapable de produire une information de qualité. Par derrière, ils courent résolument après le train de la privatisation de la mise en scène de l'information.

Nouvel exemple la semaine dernière, avec le traitement par Paris-Match de la visite londonienne du couple présidentiel. Depuis Abou Ghraib, l'actualité chaude ("hot news") nous avait habitué à l'image numérique à bruit apparent – qualifiée dans le langage courant de "photo pixellisée". Dans ce cas, c'est le caractère exceptionnel de l'événement qui excuse la mauvaise qualité de l'image, dont on comprend qu'elle n'était pas réalisable dans d'autres conditions.

Ce n'est pas ce contexte que connotent les nombreux défauts techniques de la photo de Une du dernier numéro de Match. L'éclairage ambiant du couloir d'hôtel, la définition médiocre, le bruit apparent, les aberrations: tout contribue à faire passer la prise de vue de Claude Gassian pour une vulgaire photographie amateur. A l'école Louis-Lumière ou aux Gobelins, on doit se mordre les doigts. Plus besoin du long apprentissage de la sensitométrie, de la subtile maîtrise de la lumière ou de l'art de la retouche digitale. Désormais, un compact grand public suffit pour rendre compte d'une visite d'Etat.

Pour ce sommet du protocole, ce choix de l'intimité du couloir d'hôtel, de la photo volée, tranche avec le registre officiel et sa traduction obligée par une photo professionnelle, léchée et impeccablement retouchée. Une qualité d'image qui avait fait la marque de fabrique des magazines des années 1970, évoquée par l'expression "papier glacé", qui associe le brillant de l'impression au glamour des apparences. Un style qui déserte de plus en plus les pages illustrées des journaux, pour se cantonner désormais au seul territoire de la publicité. Pour combien de temps encore?

Nota bene: article initialement publié sur Le Flipbook.