Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

La plus vieille photo du monde se ramasse à la pelle

a027f2c28e41a52995a6409156541a42.jpgA défaut de millésime, la plus vielle photo du monde est datable par sa saison: l'automne. Telle pourrait du moins être l'indication la plus précise qu'il soit possible d'associer au document mis en vente le 7 avril prochain par Sotheby's New York. L'institution présente sur son site une impression photogénique de feuille comme datant de la fin du XVIIIe siècle – soit trente à quarante ans plus tôt que la plus ancienne photographie connue à ce jour: le fameux "Point de vue du Gras" réalisé par le français Nicéphore Niépce en 1827.

"Leaf" n'est pas exactement une photographie (c'est-à-dire une impression lumineuse obtenue par l'intermédiaire d'une chambre noire) mais un photogramme: une empreinte obtenue en posant un objet sur une surface sensibilisée aux sels d'argent. Achetée en 1984 par Sotheby's à Londres, cette épreuve faisait partie d'un portefeuille de six dessins photogéniques ayant appartenu à Henry Bright of England. D'abord attribuée à Henry Fox Talbot et datée de 1839, "Leaf" a vu sa datation révisée par l'historien Larry Schaaf, spécialiste de Talbot. Après avoir remarqué un minuscule "W" sur un coin de l'image, celui-ci pense désormais qu'elle pourrait avoir été l'oeuvre de William Wedgwood, Humphry Davy ou James Watt. La famille des Bright était en effet en étroite relation avec ces expérimentateurs, dont Wedgwood et Davy comptent parmi les pionniers malheureux de l'invention de la photographie.

Un célèbre compte rendu de 1802 rapporte l'expérience infuctueuse menée par Wedgwood: «Quant aux images de la chambre noire, elles se sont trouvées trop faiblement éclairées pour former un dessin avec le nitrate d’argent, même au bout d’un temps assez prolongé.» (Humphry Davy, Journals of the Royal Institution of Great Britain, juin 1802). L'insuccès d'une tentative effectuée à l'aide d'une camera obscura, loin d'invalider la possibilité d'essais d'empreintes photochimiques, en constitue au contraire un indice plutôt crédible. Toutefois, en l'absence d'autres éléments de preuve, Larry Schaaf lui-même admet la fragilité de son hypothèse, et l'attribution de la maison de ventes maintient prudemment l'anonymat de l'auteur.

Aucun élément technique n'empêche en tout cas que cette image puisse dater de la fin du XVIIIe siècle. Je suis moi-même persuadé que cette petite expérience de chimie curieuse était à la portée de bien des amateurs de l'époque. Reste à lier l'existence d'un document à un faisceau d'arguments suffisamment solides pour le démontrer. En l'état actuel de la documentation, tel n'est pas encore le cas de "Leaf". Mais cette image restera comme la première que les historiens de la photo ont osé dater d'avant les années 1820 – une barrière que personne ne s'était jusqu'à présent hasardé à franchir. A défaut d'une révélation certaine de l'histoire du médium, il s'agit d'un événement pour son historiographie. La chute de ce tabou ouvre sans aucun doute la voie à de nouvelles recherches et, espérons-le, à de futures découvertes.

Nota bene: article initialement publié sur Le Flipbook.

Recherche française: la planète des singes?

Sur la planète des singes, les derniers hommes pleurent la disparition de ce qui fut leur civilisation. Telle pourrait être l'image préfigurant le devenir des chercheurs français en sciences humaines et sociales, qui seront peut-être les derniers d'un monde autrefois florissant.

Ce n'est pas d'hier qu'on annonce la mort des SHS. Aussi bien s'agit-il d'un processus engagé de longue date. Mais les dernières évolutions de la discussion au sein du CNRS pourraient précipiter l'issue fatale. Répondant à la feuille de route imposée par Valérie Pécresse, la présidente de l'institution, Catherine Bréchignac, a confié jeudi 27 mars à l'intersyndicale qu'elle «ne se battrait pas (contre le ministère) pour conserver les SHS au sein du CNRS».

Selon une source syndicale: «La situation semble être la suivante: le gros de la section 31 (les préhistoriens, pour faire bref) rejoindraient (malgré eux!) le nouvel institut du développement durable, tandis que le nouvel institut des SHS regrouperait les instituts français à l'étrangers, l'archéologie (avec une redéfinition du périmètre par rapport à l'INRAP), et les très rares labos SHS qui ont du gros équipement; tout le reste partirait dans les universités. (...) Sachant que la LRU a établi la libre modulation des services par le conseil d'administration, sachant que le rapport Attali a clairement dit qu'il fallait supprimer le statut de chercheur, et sachant enfin que le plan licence créée un volume d'enseignements supplémentaires sans création de postes, il n'est pas difficile de voir ce qu'il adviendra des chercheurs CNRS reversés dans les universités: on leur collera des heures de cours, dans le seul objectif de faire des économies budgétaires (particulièrement visées s'agissant de disciplines fondamentales, non professionnalisantes, donc largement inutiles aux yeux du ministère).»

La conclusion coule de source: «Sachant que les SHS, ce sont au CNRS 3600 personnes, autant dire que nos disciplines ne recruteront plus pour au minimum la décennie à venir, tous les besoins d'enseignement étant largement couverts. Autant dire qu'il ne fait pas bon être doctorant SHS aujourd'hui, et qu'il n'y en aura plus demain, faute de toute perspective de carrière. Or une discipline qui ne se renouvelle pas dans son personnel est une discipline qui meurt.»

Obama et la question de l'esclavage

Les adversaires d'Obama cherchaient la faille depuis plusieurs mois. La figure controversée du pasteur Jeremiah Wright, membre de l'église Trinity Church of Christ, qui avait marié Obama et baptisé ses filles, a ainsi été livrée en pâture à la presse américaine. Celle-ci, soudainement inquiète d'avoir été perçue comme trop favorable au challenger de Hillary Clinton dans la course à l'investiture démocrate, a largement diffusé des extraits de sermons du pasteur appelant, entre autres, les Africains-Américains à préférer s'écrier "Que Dieu maudisse l'Amérique" au lieu de "Que Dieu bénisse l'Amérique".

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