3cc94c56e70bc746b582c058fc64c7ef.jpgBienvenue chez les Ch'tis est un film étrange. Un film qui s'amuse à débander les uns après les autres tous les ressorts comiques qu'il a lui-même mis en place. L'antagonisme nord-sud? Dès la scène du restaurant, au deuxième jour après son arrivée, le nouveau venu s'acclimate au fameux parler local, et brise la ressource comique de l'incompréhension. L'asymétrie des personnages principaux? Esquissée sur un mode inspiré du couple Bourvil/de Funès, celle-ci tourne rapidement à une amitié sans nuages. Il en va de même pour la plupart des sources de tensions, comme l'ombre que fait peser la mère tyrannique sur la vie du postier, et qui est effacée d'un revers de main. Reste le dépaysement langagier, comme un décor pour une action sans enjeu.

Peut-on faire un film comique avec de bons sentiments? Sans ironie, sans méchanceté, sans ridicule? Si l'on compare les Ch'tis avec n'importe quel autre grand succès de la comédie populaire, comme Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973), Les Bronzés (Patrice Leconte, 1978) ou Le Père Noël est une ordure (Jean-Marie Poiré, 1982), on s'aperçoit à quel point ce film est incroyablement bon et gentil.

Et si le secret du succès des Ch'tis résidait précisément dans son côté Bisounours? Avec son scénario d'intégration à l'envers, avec sa petite poste si pittoresque, où les conditions de travail semblent sorties d'un rêve de syndicaliste, l'univers du film est à l'opposé de l'exclusion, de l'indifférence et de la compétition qu'imposent le quotidien sarkozyste.

Plutôt qu'à la lignée de la comédie populaire, les Ch'tis se rattachent à celle des Choristes (Christophe Barratier, 2004), dont le succès inattendu avait déjà montré le goût des Français pour les bons sentiments. Plutôt que l'envie de rire, l'oeuvre de Dany Boon révèle leur envie d'un refuge, d'une parenthèse de solidarité et de chaleur humaine, le temps d'un film.

Nota bene: article initialement publié sur Le Flipbook.