image Bon papier d'Eric Aeschimann ce matin dans Libération, qui liste les ingrédients du malaise qui s'aggrave face aux errements apparents du système démocratique, illustré notamment par le récent livre d'Alain Badiou, mais aussi par la multiplication de témoignages en faveur de l'abstention, dont je retiendrai par exemple celui, éclairant, d'Agnès Maillard, du Monolecte.

Je comprends parfaitement et partage à plus d'un titre la déception d'Agnès. Mais je me demande quand même si sa réponse ne revient pas à jeter le bébé (la démocratie) avec l'eau du bain (la mécanique électorale). Cas concret non politique: un étudiant me demande rendez-vous pour une inscription en thèse. Le doctorat est un engagement sur plusieurs années, qui suppose un investissement certain de la part du directeur, et passe donc par un nécessaire processus de sélection. Mais si l'étudiant m'est inconnu, de quels éléments puis-je disposer pour faire le bon choix? L'affaire va se régler en général par la lecture du projet de thèse et un rendez-vous d'une heure. Cette pratique, on l'imagine, ne prémunit qu'à peine contre de graves déconvenues. Un étudiant peut très bien m'avoir ébloui en rendez-vous et s'avérer parfaitement exécrable dans la durée (inutile de préciser qu'il s'agit là d'un exemple imaginaire - tous mes étudiants sont bien sûr délicieux...).

Face à ce risque, un collègue m'explique qu'il a décidé de n'inscrire que des étudiants avec lesquels il a déjà travaillé en master. Cette expérience lui donne une information beaucoup plus complète sur les capacités du candidat et les moyens d'un jugement bien mieux assis. On ne peut bien sûr pas comparer terme à terme cet exemple avec le choix d'un dirigeant politique. Mais ce cas montre qu'il est possible de réfléchir à d'autres systèmes de sélection. L'appareil électoral en vigueur ne nous donne pas les moyens d'arbitrer en connaissance de cause entre des personnalités ou des compétences: il nous permet de sélectionner des campagnes, et il faut reconnaître qu'il le fait avec une grande efficacité. Que ce type de prestation ne confère aucune sorte de garantie sur l'effectivité d'un mandat ne devrait pas nous surprendre. Si nous ne sommes pas satisfaits des résultats que produit ce système, nous devrions pouvoir le modifier pour faire porter le mécanisme de sélection sur ce que nous souhaitons vraiment choisir. Et ne pas désespérer de la démocratie.