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L'homme qui mangeait son chapeau

Cruelle est la politique – devaient se dire les protégés du dernier roitelet, avant que la guillotine ne tombe. Aujourd'hui, c'est la vidéo qui joue le rôle de cet instrument sans pitié. Vérifions combien les énoncés d'un jour peuvent dévoiler le lendemain tous leurs sous-entendus, avec cette interview de la Télé Libre où John-Paul Lepers joue le rôle du chat et David Martinon celui de la souris.

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Remixer le politique

image Un mois après l'émouvant discours "Yes We Can" prononcé par le candidat démocrate Barack Obama à Nashua, ce slogan continue à retentir sur internet. Dès le lendemain de sa victoire aux primaires de New Hampshire, le 9 janvier, ses partisans mettaient en ligne la vidéo du discours sur YouTube. Vu entretemps plus de 340.000 fois, cette séquence de 13:09 min mêle de longs extraits du discours, entrecoupé de scènes des supporteurs accourus en foule. La particularité de ce discours ne repose pas seulement sur le ton répétitif et cadencé, parfois quasi slammé, d'Obama, mais aussi sur les réponses de son public, qui scande en rythme son nom ou les slogans. La musicalité particulière de cette vidéo, qui n'est pas sans rappeler le célèbre discours de Martin Luther King, a inspiré le chanteur Will.i.am.

Comment réalise-t-on un remix d'un discours politique viral? La version "Yes We Can-Barack Obama Music Video" par Will.i.am est une compilation en noir et blanc de 4:30 min avec 17 artistes, chanteurs et acteurs. Sur un écran divisé en bandes verticales, les interventions chantées sont disposées en vis-à-vis du rappel des séquences de la vidéo initiale, reprenant ou répondant à la voix d'Obama. Les vivats de la foule, les applaudissements et la phrase répétée "Yes We Can" forment des ingrédients rythmiques du remix. Mis en ligne le 2 février sur plusieurs sites, dont YouTube, le clip a déjà été vu plusieurs millions de fois en une semaine.

Pourtant, le clip de Will.i.am n'est pas la première reprise du discours d'Obama. "Fired up, Ready to go!", une des phrases du candidat démocrate, avait également inspiré une autre adaptation musicale - également diffusée sur YouTube depuis le 27 janvier 2008. Mais ce clip ne reprend que quelques phrases isolées du discours, et n'intègre pas les éléments caractéristiques puissants issus du contexte de la vidéo originale. Avec une centaine de milliers de vues, cette version rock-choral du groupe Bergevin Brothers semble avoir rencontré moins de succès.

La comparaison des deux clips montre l'originalité de celui composé par le chanteur de Black Eyed Peas. Musicalement plus sobre, avec un simple accompagnement à la guitare sèche, il fait reposer l'essentiel de sa composition sur le remix et l'image d'Obama. Le clip se clôt sur le mot "HOPE", qui se transforme en "VOTE", avec un appel générique à la mobilisation électorale repris en commentaire.

En écho au changement réclamé par le candidat démocrate, le glissement du discours politique dans la forme du remix musical constitue une illustration de plus de la vitalité de la campagne d'Obama. Il témoigne aussi que le discours politique peut encore offrir un espace d'expérimentation et de renouvellement à l'expression militante.