Comme on dit sur mon forum préféré, tout est dans le titre. Telle Jeanne d'Arc, je suis à vrai dire le premier surpris de me sentir investi d'une responsabilité qui m'enjoint de me prononcer à mon tour sur un sujet qui excède largement mes compétences (et accessoirement la gamme des sujets abordés sur ce blog). Mais les voix du blogging me soufflent que tel est mon devoir citoyen. Qu'à cela ne tienne. Ce que je pense du rapport Attali? Qu'il incarne jusqu'à la caricature deux pièges qui ont déjà largement commencé à engloutir le sarkozysme.

D'une, le syndrome dit de la femme de Lot, qui consiste en une fuite en avant de commission en projets de loi et d'expertises en Grenelle qui ne font qu'accumuler diagnostics sur diagnostics et remèdes sur remèdes, sans aucun suivi ni aucune cohérence, avec pour seul résultat tangible d'occuper les unes et d'affoler les médias. Quand on pense à l'admiration suscitée jusque dans les rangs ségolénistes par le long travail d'élaboration intellectuelle piloté par Emmanuelle Mignon pendant la campagne du candidat Sarkozy, on ne peut qu'être interloqué par ce nouveau sursaut de la boîte à idées, qui n'est guère que la troisième ou la quatrième mise à la disposition de l'Elysée – jusqu'à aujourd'hui en pure perte ou peu s'en faut.

De deux, la schizophrénie de l'ouverture, ou le drame d'un président qui a inventé la droite soi-disant décomplexée, mais n'a de cesse de situer ses horizons intellectuels et programmatiques du côté gauche de l'échiquier, avec le plus absolu dédain pour sa famille politique. Une gauche qui, d'Attali à Blair en passant par Kouchner, est certes d'un rose des plus pastel – mais qui n'en garde pas moins un caractère suffisamment pathogène pour flanquer des poussées d'urticaire aux vrais droitards qui, à l'approche des municipales, commencent à trouver les lubies sarkozyennes un peu lourdes à porter.

La tristesse d'Attali était déjà perceptible ce soir au 20h de France 2. L'animal n'est pas assez idiot pour ne pas avoir compris que son pensum va rapidement suivre les précédents aux orties. Et franchement, même pour les gens pétris de charité tels que moi, voir le penseur à vapeur se faire ridiculiser par le camp qu'il a quitté non moins que par celui qu'il a rallié, c'est d'un à-propos rare et d'un goût délicieux.