image Je n'ai plus beaucoup d'occasions d'écrire à la main. Le dernier usage qui, chez moi, a résisté à la transition typographique est la prise de notes rapide, en séminaire ou en colloque, pour laquelle je n'ai pu me résoudre à perdre ma vieille habitude du carnet sténo. C'est donc sur ce dispositif que je me suis vu, dans le feu d'un relevé, écrire pour la première fois un smiley "à la main". C'est une expérience curieuse. Préparé par un recours usuel à ce signe dans mes e-mails, le besoin s'est manifesté spontanément, alors que je souhaitais ajouter une marque d'ironie à la prise de notes d'une intervention qui me faisait sourire. Je me suis donc vu griffonner sur le papier une combinaison de caractères ASCII née sur écran. Ca se fait tout seul (on écrit: point-virgule, tiret, parenthèse), mais c'est assez vertigineux, un peu comme l'expérience de Tarzan apprenant à lire l'anglais sans l'avoir jamais entendu – mon passage préféré dans Tarzan of the Apes (Edgar Rice Burroughs, 1914).

Je me souviens d'une discussion que nous avions eu avec Jean-Michel Besnier à France-Culture, où celui-ci semblait dénier à l'"émoticône" (terme non reconnu officiellement, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France lui préfère celui de "binette", la Commission générale de terminologie et de néologie celui de "frimousse"...) le statut de signe de ponctuation à part entière. A mon humble avis, le passage à la graphie constitue un témoignage manifeste de l'installation dans l'usage courant de ce logogramme. Je suis heureux d'offrir à mes lecteurs la preuve photographique (libre de droits) de ce grand moment de l'histoire linguistique ;-)