Crions au people
Par André Gunthert, jeudi 20 décembre 2007 à 01:25 (3123, permalink, rss co) :: Médias - Politique
Résumons: Sarkozy a décidé de se promener au bras d'un top-model devant les photographes à Mickeyville pour faire oublier le désastreux accueil de Khadafi. Un “conte de Noël” fabriqué avec art, estime Christian Salmon, spécialiste du storytelling.
Il est curieux de voir à quel point les médias tiennent à être manipulés, et s'acharnent à dépeindre le nouveau maître en Machiavel des médias (“Plus que tout autre homme politique avant lui, Nicolas Sarkozy a compris comment fonctionne le monde médiatique. Il sait l'utiliser à merveille, il en maîtrise toutes les ficelles, tous les automatismes”, Le Parisien, 18/12/2007).
Curieux, parce que ça ne cadre pas. Comme le souligne Arrêt sur images, qui a fait les comptes, la moisson de photos attendue après ce traquenard s'avère étonnament maigre: une dans Point de Vue, une dans Match, la même dans VSD. La relecture de la version de rue89 montre que toute l'affaire se résume à un deal entre Christophe Barbier de L'Express et Colombe Pringle de Point de Vue. Un coup, certes, mais pas de qui l'on croit. Interviewé par Le Parisien, l'un des sept paparazzi présents sur les lieux avoue avoir suivi en moto le cortège présidentiel jusqu'à Disneyland. On est loin du shooting prémédité par l'Elysée – ou alors, ils font sacrément mal leur boulot. Si on avait vraiment voulu nous montrer quelque chose, le résultat serait en-dessous de tout.
Et c'est alors qu'on regarde ce que montrent ces photos. Et qu'on distingue, un cran en-dessous des adultes, trois têtes blondes floutées. On peut apercevoir les mêmes, avec l'ambiance musicale, sur l'extrait vidéo présenté sur le site de Closer, cette fois protégées par trois gros points noirs (voir ci-dessus). Et c'est là qu'on comprend enfin que ce que les éditorialistes ont transformé en une monstrueuse exhibition (Disneyland vs Versailles, atlantisme vs exception culturelle, pipolisation vs dignité de la fonction présidentielle, etc.) n'était rien d'autre qu'une sortie familiale: Monsieur Sarkozy et Madame Bruni ont emmené leurs mioches voir la parade de Noël.
Un plan com'? Quel plan com'? Ayant décidé sur un coup de tête de briser l'omerta, L'Express et Point de Vue ont au contraire grillé la politesse à l'Elysée et accéléré un scénario imprévu – il suffisait d'observer les pudeurs de TF1 ou de Match pour s'en convaincre. Qu'un homme amoureux fasse mine d'accepter ensuite le diktat médiatique pour mieux faire pression sur sa promise est un scénario qui ne doit pas nous surprendre, et que Sarkozy a déjà employé – sans succès – avant son divorce.
On retiendra de l'épisode un vrai emballement médiatique, un de plus – doublé d'une propension à nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et à renvoyer sur l'hôte de l'Elysée la responsabilité d'un dévoilement maquillé en opération politique de haut vol. Une autre façon de crier au loup, selon une technique bien rodée par la presse – qui utilise de façon similaire l'alibi d'internet lorsqu'elle veut aborder un sujet inavouable.
Le web est resté dans cette affaire plutôt en-deça de l'affairement premier degré des grands médias. Mais a rapidement réagi en diffusant parodies, caricatures et pastiches. Avec un entrain moqueur qui montre que Carla ne bénéficiera pas des mêmes égards que Cécilia, et qu'il y a du grain à moudre du côté de l'ex-mannequin, ex-chanteuse et multi-ex. Il n'est pas sûr que, passé l'effet de surprise, le président gagne au change.
Tags: photojournalisme


Commentaires
1. Le jeudi 20 décembre 2007 à 08:39, par Olivier B.
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