C'est le blog Diplomatie Ouest-indienne qui nous l'apprend: le prix Swiss Press Photo 2007 a été attribué au photographe zurichois Michael Würtenberg, pour une "interprétation" (à droite) d'une installation de l'américain Spencer Tunick, réalisée le 18 août 2007 en collaboration avec Greenpeace pour attirer l'attention sur le réchauffement planétaire (à gauche).

Je n'ai aucun goût pour ces mises en scène à grand spectacle, et je trouve plutôt affligeant de voir l'exercice photographique postmoderne, d'Arthus-Bertrand à Tunick, se réduire à quelques gimmicks facilement identifiables pour la presse magazine. Mais le choix du jury suisse n'en reste pas moins des plus curieux. Würtenberg est en effet l'auteur des deux photos ci-dessus: celle, officielle, de l'installation de Tunick (à gauche), tout comme la seconde, parue dans la NZZ am Sonntag, à laquelle il appose sa propre signature, cette fois comme concepteur (à droite). Plus conforme au style des cartes postales ou des calendriers, cette "interprétation" présente l'avantage de remplacer les peu esthétiques bas-ventres par le galbe plus affriolant des fessiers, et de restituer à la montagne sa jolie couleur bleue. Mais on ne peut s'empêcher de se demander si, tel Tintin plantant le drapeau de la FERS au sommet de l'aérolithe (L'Etoile mystérieuse), le Swiss Press Photo ne se sert pas de cette image pour reconquérir le glacier d’Aletsch – y réapposer symboliquement la marque de fabrique locale, de préférence à l'envahissement cosmopolite occasionné par Tunick. Après l'affaire de l'affiche du mouton noir de l'UDC, faut-il voir dans cette étrange attribution un "touche pas à mon glacier" typiquement helvétique? On attend les explications du jury, qui n'a fourni pour l'instant qu'une argumentation peu convaincante.