image La fonction d'exutoire que favorise les capacités d'interaction du web 2.0 est un sujet de manipulation délicate. Elle est volontiers brandie par les adversaires du net, qui en parlent sans la connaître. Les blogueurs, qui y sont confrontés de façon plus concrète, rechignent à évoquer cette part noire de l'outil, qui salit la haute idée qu'ils s'en font. Pourtant, à l'occasion des affrontements de Villiers-Le-Bel, c'est cette dimension qui éclate et dépasse pour l'instant toutes les autres.

Une recherche effectuée hier soir sur le web n'éclairait guère sur les événements, n'apportant pas plus d'informations que celles diffusées par les grands médias. Elle donnait en revanche accès de plain-pied aux tréfonds de l'âme franchouillarde, dans ce qu'elle a de plus abject. Du moindre article de presse aux vidéos sur Dailymotion en passant par l'interface d'un agrégateur généraliste comme Wikio, on pouvait voir un flot de haine pure se déverser en centaines de commentaires, avec une violence et une bêtise qui n'avaient rien à envier aux exactions nocturnes des banlieues. Le comble était sans doute atteint par le tombereau d'insultes racistes déposées sur le blog même de l'un des deux adolescents décédés, dont l'adresse avait été livrée par Libération hier soir (commentaires retirés vers 22h). Je pense n'avoir jamais vu, y compris dans les moments de tension de la campagne présidentielle, l'exaspération, la vulgarité et la bassesse à un tel degré ni avec une telle abondance.

Nombre de ces messages déclinent sans honte leur appartenance et donnent une lecture extrêmement claire des fondamentaux politiques à l'oeuvre (STOP !!!!!!!!! Faut couper RMI , allocs, des billets aller et dehors à toute cette racaille. J'ai voté Sarko pour changer et c'est exactement pareil qu'avant, aux prochaines c'est Le Pen et là c'est sûr et je ne changerai pas d'avis). Reste la question de fond. Doit-on estimer, selon la logique du nombre d'épiciers, que l'hospitalité du web multiplie les occasions d'expression épidermique et attise ainsi le feu raciste? Ou faut-il au contraire penser qu'il vaut mieux déverser son pus en commentaires inoffensifs plutôt que de tirer un coup de fusil? Quel moyen existe-t-il pour départager ces deux thèses?

  • Illustration recopiée sur le skyblog de Moshin, légendée: “Sa c pour la fille sérieuse ki mefera tonber dans c'est bras peut etre ke c'est toi? Alor essaye!! Mais de toute facon celle que j'aime avan tous et qui est la plus belle. C'est ma maman, que j'aime tellement...” (billet du 17 mars 2006).