image Que peuvent les blogs? Depuis la dernière campagne présidentielle, nous le savons: pas grand chose. Presque rien. Peut-être juste ceci: sauver l'honneur. Hier, en avance à un rendez-vous, je suis passé par hasard devant mon ancienne fac, Paris III-Censier, au moment où débutait l'assemblée générale de reconduction du blocage. Et ce que j'y ai vu différait du tout au tout de l'image produite par les "reportages" télévisés.

Dans les JT, une AG, c'est un affrontement violent de deux groupes fanatisés, les boqueurs et les anti-bloqueurs, qui s'insultent en attendant les CRS. Dans le monde réel, c'est un rassemblement calme et serein où l'on discute sérieusement de problèmes complexes. Où les universitaires, qui ne sont pas brusquement décérébrés, continuent à faire avec intelligence leur travail d'analyse. Dans le respect du dialogue et des opinions diverses. En assistant à une AG, on apprend plein de choses. D'abord, on voit que l'amphi est comble. La thèse de la manipulation par des groupuscules ultra-gauchistes apparaît pour ce qu'elle est: une pauvre farce. Et puis, si l'on écoute ce qui s'exprime, on comprend pourquoi ils sont tous là. Oui, cette loi pose des problèmes graves et nombreux, à tous les étages. Réduire ça à une discussion sur les droits d'inscription ou à un prurit anti-sarkozyste revient juste à écrire noir sur blanc: je suis un sinistre con, j'en suis fier et je signe. C'est pourtant si facile. Il suffit de venir voir. A entendre la teneur des discussions, le poids des arguments, on comprend immédiatement que ce mouvement ne fait que commencer.

Je suis sorti de là apaisé, de voir les étudiants si maîtres d'eux, d'observer la réalité du dialogue entre eux et la présidence, les professeurs ou les personnels administratifs, qui ne sont pas oubliés. Et aussi furieux, de constater de mes yeux le degré de caricature atteint par ce qui ne mérite plus depuis longtemps le nom de journalisme. S'en souviendra-t-on lorsque ces tristes sires nous trompèteront leur prochaine leçon de déontologie sur les blogs ou Wikipédia? Lorsqu'ils viendront pleurer pour qu'on sauve leurs journaux de la faillite? Cela fait déjà longtemps qu'il n'y a plus rien qui mérite d'être sauvé.