Joffrin n'y joue pas le beau rôle. Son édito témoigne de ce qu'il était, ce lundi 8 octobre, le journaliste le plus mal informé de France. Ce jour-là, le plus petit soupçon, l'ombre d'un doute lui auraient évité de se lancer dans la dénonciation mal à propos d'internet et de la rumeur, quand il convenait au contraire de se féliciter de voir un coin du voile se soulever. Il y avait bien de quoi alimenter la réflexion d'un père-la-morale. Que penser du spectacle d'une réconciliation préalable au lancement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy? Les Français auraient-ils élu l'actuel président s'ils avaient su que sa relation matrimoniale n'était que de façade? Que nenni. Joffrin n'a rien de plus pressé que de s'interroger sur la “rhétorique éprouvée, selon laquelle il existe une presse officielle complaisante et une autre presse, qui officie exclusivement sur le Net et qui, elle, ne recule pas devant la vérité. L'autocensure d'un côté, la liberté de l'autre.”

Il est difficile d'imaginer un exercice qui incarne mieux la figure de l'arroseur arrosé. Car après ce flingage en règle, Libération, qui n'a pendant longtemps pas eu la moindre information à divulguer, a largement participé au "bal des faux-culs" dénoncé par Agoravox, en surfant sur la rumeur, sur le mode illustré par son propre forum internet: “Le couple Sarkozy: faut-il en parler?”. Joffrin s'est tiré une balle dans le pied. Il l'admet lui-même en ouvrant son édito d'aujourd'hui par une tentative de justification de la prise de position tardive de son journal, réponse peu convaincante à une interrogation de Versac.

Reste une question. “Les sites qui ont propagé la fausse nouvelle se sont-ils excusés? Ont-il corrigé leur erreur? (...) En aucune manière”, accusait le journaliste. Dès lors que Libération accrédite l'hypothèse de la séparation du couple présidentiel, son directeur va-t-il présenter ses excuses aux buzzers? On ne se fait pas d'illusion: ce n'est pas le genre de la maison. Pourtant, Laurent Joffrin serait bien inspiré de trouver une manière de revenir sur ce faux-pas. Car les blogueurs ne sont pas seulement prompts à renifler l'info, ils ont aussi de la mémoire. Et tout l'avenir devant eux.