Mêmes les plus réfractaires à la Chabalmania sauce TF1 ne pouvaient résister. Comment ne pas être submergé par l'émotion à la vue de ce grand gaillard pleurant son match perdu? Une telle image se fabrique à plusieurs. Il y faut le chagrin sincère de l'attaquant. Mais il y faut aussi l'habile travail de réalisation venu emmailloter ce désespoir de toute la sollicitude des caméras – y venant et y revenant, par devant, par derrière et sur le côté, jusqu'à bloquer l'écran avec ces épaules plein cadre. Les mêmes qui, l'instant d'avant, partaient à l'assaut de l'ennemi héréditaire. Une vraie figure de style, aussi subtile qu'un hypallage.

Admettre en un instant de renverser la statue du mâle dominant n'était pas forcément une décision facile. On pouvait s'en apercevoir en constatant le hiatus entre l'image, irrésistiblement portée vers le héros défait, et le commentaire qui, après avoir admis du bout des lèvres la “déception” de Chabal, s'abstenait d'attirer l'attention sur les larmes du deuxième ligne. Dans ce monde d'hommes, des vrais, on sentait bien que pleurer est encore considéré comme une faiblesse indigne, un truc de filles.

Dans cette nuée de visages graves, une figure pourtant manquait. Où étaient-ils, les yeux humides du président de la République – lui qu'on avait vu si impatient de la victoire des Bleus? Mais on avait beau chercher, la caméra revenait toujours à Chabal – Chabal relevé, Chabal emmené, Chabal réconforté. Laporte, lui, s'était éclipsé vite fait. Tout le monde n'a pas le courage des larmes.