On se souvient de ces fortes paroles de Walter Benjamin, récitées comme un mantra dans toutes les salles des ventes: “A la plus parfaite reproduction il manquera toujours une chose: le hic et nunc de l'oeuvre d'art – l'unicité de son existence au lieu où elle se trouve. C'est cette existence unique pourtant, et elle seule, qui, aussi longtemps qu'elle dure, subit le travail de l'histoire. Nous entendons par là aussi bien les altérations subies par sa structure matérielle que ses possesseurs successifs. (...) Le hic et nunc de l'original constitue ce qu'on appelle son authenticité” ("L'Oeuvre d'art...", 1935, Oeuvres III, Folio, 2000, p. 71).

Dans la vraie vie, le travail de l'histoire, quand il arrive aux oeuvres de le croiser, sous l'espèce d'un baiser (Twombly à Avignon) ou d'un coup de poing (Monet à Orsay), il conduit au tribunal. Dans la vraie vie, l'authenticité est garantie par un certificat, la signature d'un expert et un gros chèque. Quant au hic et nunc, censé manifester la condition de l'oeuvre, il est soigneusement mis au congélo, derrière des barreaux. Merci aux restaurateurs, qui auront vite fait d'effacer l'outrage, de recoudre l'hymen, de remonter le temps. L'art est une chose trop sérieuse, avec beaucoup trop de zéros, pour qu'on y touche, fut-ce du bout des lèvres.