Les raisons du succès de cette image sont manifestes. A la façon d'un jeu des sept familles, sa composition parfaitement symétrique fait ressortir avec malice le jeu des affinités électives qui a interverti l'agencement des personnages au sein des couples. Selon les règles désormais classiques de l'image parasite, sa viralité indique la perception d'un biais dans le traitement de l'information, que la diffusion en ligne tente de réparer. Etant donné la place occupée par Cécilia Ciganer Albeniz dans la vie de Jacques Martin, puis son exposition médiatique depuis l'été 2005, il était impossible de faire l'impasse sur ce chassé-croisé matrimonial. Toutefois, la presse est restée des plus sobres dans le traitement de cet épisode. Si les magazines ont bel et bien illustré la vie familiale mouvementée de l'animateur, les quotidiens comme les journaux télévisés ont fait preuve d'une discrétion très française sur les détails de l'affaire. Dans Paris-Match, le passage de l'article correspondant est un chef d'oeuvre de diplomatie: “Sous le bonheur apparent couve un drame. Depuis leur mariage, les Martin et les Sarkozy sont devenus de grands amis. Mais, petit à petit, c'est un autre sentiment qui naît entre Nicolas et Cécilia. En 1989, celle-ci n'y tient plus. Elle quitte Jacques.” La circulation de la photographie de Neuilly atteste que tout le monde n'a pas forcément trouvé son compte dans cette version Bisounours.

La vision que propose l'image est plus vaudevillesque, voire burlesque. L'évocation reste allusive: seule la connaissance préalable de l'anecdote permet d'accéder à une interprétation comique de la photographie. La composition symétrique induit, sur un mode implicite, le chassé-croisé conjugal, sans nécessité de recourir à une explication exhaustive. En l'espèce, on aimerait penser que la retenue rédactionnelle témoigne du respect pour la vie privée. Mais la photo épinglée par le net ruine cette fable. Laisser entendre par l'image est une stratégie caractéristique des journaux people, habitués à gérer les informations scabreuses sur le mode du rébus. Cette forme de private joke a pour fonction d'entretenir la proximité avec le lecteur. Mais elle est aussi le fruit d'une vaste expérience juridique. L'implicite est indémontrable. Devant un tribunal, le décodage de l'image restera affaire d'interprétation. On se demande bien ce qui leur fait peur.