Ce manifeste suscite une inévitable levée de boucliers. Les abus de pouvoir des plates-formes sont un thème récurrent de débat pour les internautes. “Since when has photo's of kids pretending to smoke been banned on Flickr?” (Depuis quand censure-t-on sur Flickr les photos d'enfants qui font semblant de fumer?), s'indigne-t-on sur un forum. Certes, la consommation de tabac est illégale pour les mineurs sur le territoire des Etats-Unis. Cependant, remarque avec profondeur un photographe: “The image of a crime is not a crime”.

La photographie de Szabo est recopiée en signe de solidarité par plusieurs flickériens. Mais au fur et à mesure des rebonds, la discussion subit un effet comparable à celui du téléphone arabe. En l'absence de l'image originale, il est facile de croire que la photographie en cause est celle qui illustre le billet de Thomas Hawk. D'où des réactions navrées: “Censuring a pic of the late 60s, 38 years later is for me a little bit sick, today she is in her 50s and can do what she wants, unless the cancer got her. Will they censor the complete history? Where is the end?” (Censurer une image de la fin des années 1960, trente-huit ans plus tard, est un peu crétin; aujourd'hui cette femme a la cinquantaine et elle fait ce qu'elle veut – à moins que le cancer l'ait eu. Vont-ils censurer l'histoire toute entière? Où cela s'arrêtera-t-il?). “Was ist nur aus dir geworden, Flickr?!” (Flickr, comment es-tu tombé si bas?), s'exclame un blogueur allemand, lui aussi abusé.

Flickr n'a pas censuré Joseph Szabo. Une vérification plus approfondie permet de retrouver l'image effacée (mise en ligne le 20 décembre 2005) et son auteur. On comprend rapidement pourquoi le flux de Corin fait partie de ceux placés sous surveillance. "Why is my internet being censored?" feint de s'interroger la jeune fille, qui alterne avec constance les images d'étrons, de mimiques sexuelles et autres croix gammées[1]. Où l'on constate que la provocation à la censure est un nouveau jeu sur les sites de partage d'images. Où l'on comprend aussi pourquoi Thomas Hawk avait omis de mentionner sa source. La visite du flux aurait peut-être démontré que Flickr, finalement, a les idées larges.

Notes

[1] Nota Bene: Il y a différents niveaux de verrouillage sur Flickr. De nombreuses images du flux de shhexycorin, notamment celles comportant des nudités jugées offensantes, ne sont pas accessibles pour le visiteur extérieur. Elles sont néanmoins visibles pour un titulaire de compte Flickr (du moins s'il a déclaré être âgé de plus de dix-huit ans) – mais aussi pour les applications externes. C'est pourquoi ces mêmes images peuvent être visualisées sur ce blog, par l'intermédiaire de l'extension Snap (dans un environnement Flash/Firefox), en passant la souris sur le lien.