Du Big Bang dans "Arrêt sur images"
Par André Gunthert, dimanche 2 septembre 2007 à 17:18 (1994 vues, permalink, rss co) :: Médias
A quoi sert la télévision? A assurer la promotion de produits dérivés sur le web. Après Karl Zéro ou John Paul Lepers, c'est Daniel Schneidermann qui annonce son intention de se lancer dans la web-TV payante, en proposant prochainement une version en ligne de la défunte émission "Arrêt sur images", financée par abonnement – mais accessible à tous.
Je ne suis pas un grand spécialiste des modèles économiques, mais le principe décrit par Schneidermann ressemble beaucoup à l'idéal de tout éditeur philanthrope. Combien de fois ai-je rêvé de pouvoir proposer Etudes photographiques en libre accès sur le web, tout en m'appuyant sur la générosité d'un noyau dur d'abonnés militants? La condition pour voir se réaliser cette équation édenique est de disposer d'un matelas suffisant de souscripteurs. Paierai-je pour voir "Arrêt sur images" en ligne? Malgré mes accès de mauvaise humeur face à un programme qui avait tendance à s'endormir sur ses lauriers (et sous réserve d'un tarif acceptable), la réponse est oui, pour au moins quatre raisons. Parce que la notoriété de l'émission confère une certaine crédibilité à son projet économique. Parce que la nouveauté de cette proposition promet de vrais efforts en termes de contenus. Parce que le canal choisi garantit une liberté de parole inédite. Enfin parce que payer pour soutenir une alternative au robinet télévisé ressort, non d'une obligation, mais d'un choix partisan.
Cela posé, l'énoncé d'un tel projet confronte à un vrai problème de substance. Que signifie pour ce programme l'installation sur le web? Qu'aucune chaîne, publique ni privée, hertzienne ni numérique, n'a souhaité le reprendre. Ce qui n'est assurément pas un signe de bonne santé, pour un média qui s'avère de moins en moins capable d'initier le débat ou de créer l'information. La compétition présidentielle en a abondamment témoigné: il se passait bien plus de choses sur le web qu'à la télé (ce qui n'a d'ailleurs pas été sans conséquences sur "Arrêt sur images" qui, tout à son objet favori, a fini par être moins captivant que le Big Bang Blog, son extension en ligne). Tel est désormais le dilemme posé au successeur d'ASI: la télé est-elle encore un sujet digne d'intérêt? L'éviction de l'émission ne laisse guère de raisons de le penser.
Critiquer les journaux télévisés de TF1 était déjà comme porter de l'eau à la mer. Mais au vu de la pente suivie par les chaînes publiques, signaler les manquements à la déontologie ressemblera bientôt à un exercice tout aussi vain, et qui risque vite de devenir lassant. Pour imaginer un programme qui ne se borne pas à tirer sur un pianiste que plus personne n'écoute, il faudra d'autres aliments. Où les trouver? A n'en pas douter, c'est en instillant un peu de Big Bang dans l'ancien menu d'ASI – en offrant à l'observation du web l'attention accordée à l'ancien média roi – que l'équipe de Schneidermann marquera des points auprès de son nouveau public. Une évolution significative du rééquilibrage en cours de l'espace médiatique, que le futur site pourrait bien contribuer à accélérer.
Tags: blogosphère, télévision
Commentaires
1. Le dimanche 2 septembre 2007 à 17:44, par Daniel Schneidermann
2. Le lundi 3 septembre 2007 à 12:40, par Wil
3. Le mardi 4 septembre 2007 à 18:01, par nanou
4. Le lundi 10 septembre 2007 à 00:31, par Kévin
5. Le lundi 10 septembre 2007 à 06:41, par André Gunthert
6. Le mardi 11 septembre 2007 à 11:05, par André Gunthert
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