Cela posé, l'énoncé d'un tel projet confronte à un vrai problème de substance. Que signifie pour ce programme l'installation sur le web? Qu'aucune chaîne, publique ni privée, hertzienne ni numérique, n'a souhaité le reprendre. Ce qui n'est assurément pas un signe de bonne santé, pour un média qui s'avère de moins en moins capable d'initier le débat ou de créer l'information. La compétition présidentielle en a abondamment témoigné: il se passait bien plus de choses sur le web qu'à la télé (ce qui n'a d'ailleurs pas été sans conséquences sur "Arrêt sur images" qui, tout à son objet favori, a fini par être moins captivant que le Big Bang Blog, son extension en ligne). Tel est désormais le dilemme posé au successeur d'ASI: la télé est-elle encore un sujet digne d'intérêt? L'éviction de l'émission ne laisse guère de raisons de le penser.

Critiquer les journaux télévisés de TF1 était déjà comme porter de l'eau à la mer. Mais au vu de la pente suivie par les chaînes publiques, signaler les manquements à la déontologie ressemblera bientôt à un exercice tout aussi vain, et qui risque vite de devenir lassant. Pour imaginer un programme qui ne se borne pas à tirer sur un pianiste que plus personne n'écoute, il faudra d'autres aliments. Où les trouver? A n'en pas douter, c'est en instillant un peu de Big Bang dans l'ancien menu d'ASI – en offrant à l'observation du web l'attention accordée à l'ancien média roi – que l'équipe de Schneidermann marquera des points auprès de son nouveau public. Une évolution significative du rééquilibrage en cours de l'espace médiatique, que le futur site pourrait bien contribuer à accélérer.