J'avais qualifié ici même Paris-Match de "nouvelle Pravda". Il me faut donc remercier le magazine pour avoir fourni une nouvelle confirmation du crédit qu'il convient désormais d'accorder au traitement de l'actualité dans ses colonnes.

Personne ne comprend l'explication fournie par l'hebdo sur sa retouche du bourrelet présidentiel, dans son édition du 9 août: «La position sur le bateau exagérait cette protubérance. En allégeant les ombres, la correction a été exagérée en photogravure.» Traduisons: le picture editor n'a fait que diminuer le contraste de la photo originale, un mauvais calage de la reproduction a ensuite accentué cette "correction". On peut en effet constater une différence de couleur et une atténuation des ombres sur la version publiée par Match. Mais on distingue aussi très clairement une modification volontaire qui a non seulement gommé le bourrelet disgracieux, mais également reconstitué la partie manquante du siège et du fond aquatique, dans la zone amputée. Il s'agit donc d'une retouche en bonne et due forme, effectuée avec les outils d'usage.

Cette retouche est niée par le magazine, qui feint de n'y apercevoir qu'une erreur technique. Pris la main dans le pot de confiture, les responsables n'ont en général que des excuses improbables à fournir. Qui pourrait admettre avoir procédé à une correction cosmétique par pure déférence politique? Rassurons les journalistes, ce péché véniel est juste ridicule. Truquer les chiffres du chômage, de l'économie ou de la criminalité est autrement plus grave.