Les conditions de l'émergence du marché de la photographie
Par André Gunthert, mercredi 4 juillet 2007 à 19:09 (2501 vues, permalink, rss co) :: Colloques, conférences - Comptes rendus
Le colloque "Enjeux et mutations du marché de la photographie", organisé par Françoise Docquiert dans le cadre des rencontres d'Arles s'est ouvert ce matin par deux communications magistrales de Quentin Bajac, conservateur des photographies au centre Pompidou, et Dominique Sagot-Duvauroux, économiste à l'université d'Angers.
Selon Quentin Bajac, la question du marché photographique, après avoir fait l'objet de nombreuses discussions, doit maintenant devenir un objet d'études. A partir de l'exemple des pratiques de Julia Margaret Cameron, il montre comment, dès le milieu du XIXe siècle, on assiste à l'établissement de règles autour de la notion de rareté. Mais la plupart des tentatives de création de galeries photographiques aux Etats-Unis, dans la première moitié du XXe siècle resteront des échecs, ce qui permet de conclure que les conditions permettant l'émergence d'un marché proprement dit ne sont pas réunies. Elles commencent à émerger à partir des années 1960, avec de nouveaux acteurs comme André Jammes ou Sam Wagstaff, qui ne sont pas seulement des collectionneurs, mais participent activement à l'organisation du marché par la production de savoir et la création d'une hiérarchie des oeuvres. Cette émergence est à comprendre comme le résultat d'un long processus de constitution de la valeur esthétique de la photographie.
Les économistes, rappelle Dominique Sagot-Duvauroux, ont montré que l'existence d'un marché n'est pas un phénomène naturel, mais le résultat d'une construction. Un marché ne peut fonctionner que s'il existe un consensus sur la valeur des objets échangés. La création d'un marché des tirages photographiques dépend d'un phénomène d'imitation des règles du marché des oeuvres d'art, basées sur les trois principales manifestations de l'originalité: la rareté, l'authenticité et l'innovation. Or, rareté et authenticité sont des caractéristiques ambigües dans le monde de la photographie. Une condition majeure de la constitution de ce marché sera donc la redéfinition de ces critères dans le cadre de la production photographique. Sagot-Duvauroux détaille ensuite les différents facteurs qui ont structuré le marché dans les années 1970-1980. Celui-ci atteint une première maturité au début des années 1990. Aujourd'hui, le marché photo est tiré en avant par la photographie et l'art contemporains, tandis que la photographie ancienne décline depuis 2000.
La suite jeudi et vendredi matin au théâtre municipal d'Arles (9h45-13h). L'enregistrement vidéo du colloque sera prochainement disponible sur le site des rencontres d'Arles.
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Tags: colloques, histoire photo
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