Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Est-il légal de faire danser son bébé sur YouTube?

Il n'y a pas à dire, heureusement que le droit d'auteur existe pour empêcher ces choses là. Une jeune femme du nom de Stephanie Lenz avait osé l'impensable, en filmant son petit garçon en train de danser pendant 29 secondes sur le tube de Prince "Let's Go Crazy". Pire, elle avait posté la vidéo sur YouTube pour montrer les exploits du bambin à ses amis et sa famille. Infamie ! Elle n'avait pas payé les droits d'auteur ! Rapidement, la police privée est intervenue pour mettre un terme à la débauche. Les avocats de la filiale d'édition d'Universal Music Group ont contacté YouTube pour exiger illico presto la suppression de la vidéo familiale. YouTube, bien sûr, s'est immédiatement exécuté, constatant de ses propres yeux à quel point il devait être préjudiciable pour Prince et Universal Music Group de voir ainsi accessibles à tous 29 secondes d'un danseur sans licence.

Par Ratiatum, 27/07/2007.
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Lartigue explore l'espace-temps

image Dans la série "Que font les blogs pendant l'été?", saluons le choix de Mots d'images de revisiter quelques grands classiques de la photographie. Après la jeune Afghane par Steve McCurry, après "Migrant Mother" par Dorothea Lange, Béat Brüsch commente "Grand Prix" par Jacques Henri Lartigue (en s'appuyant notamment sur l'analyse détaillée proposée en 2000 par Clément Chéroux dans le catalogue Photographies/Histoires parallèles du musée Nicéphore-Niépce).

Que voit-on sur cette image? Un ensemble de déformations étranges, qui semblent défier la logique et la perception: les corps ou les objets immobiles situés sur le bord de la route sont affectés d'une déformation oblique qui semble les faire pencher vers la gauche de façon tout à fait invraisemblable, tandis que les roues du véhicule ont troqué leur forme circulaire pour un ovale qui s'oriente vers la droite de l'image.

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Explosion à New York: les journalistes cherchent les images parasites

image L'explosion d'une conduite de vapeur dans le quartier de Grand Central hier vers 17h50 (23h50, heure de Paris) n'est qu'un vulgaire accident. Mais les habitants de Manhattan ont bien cru revivre le 11 septembre. L'événement confirme une fois de plus le réflexe du témoignage citoyen, dans des dimensions toujours croissantes. Mais les journalistes ont eux aussi pris le pli des nouveaux usages, et sont désormais capables d'interroger les bases de photographies amateurs comme Flickr en temps réel. Selon une recherche effectuée par Hughes Léglise-Bataille, l'une des images les plus spectaculaires a déjà été vendue à CNN, tandis qu'un journaliste du Figaro laissait un commentaire sous une autre. A vos moteurs pour une enquête en direct!

Illustration: Arvind Grover, "Multitechtasking", photographie numérique diffusée sur Flickr, licence CC.

Le feuilleton de l'été: Wikipédia et les barbares

De l'art de mettre les contenus en valeur. En nous disant au revoir pour la période des vacances, notre confrère Homo numericus annonce son “feuilleton de l'été: une passionnante et originale analyse de l’encyclopédie en ligne Wikipedia (...). Cette série de trois articles, (...) approche en effet le phénomène, non pas sous l’angle habituel de la vérité des informations publiées sur Wikipedia, mais bien plutôt d’un point de vue délibérément politique.” Rédigé par Sylvain Firer-Blaess, étudiant de l’IEP Lyon, le premier volet de cette enquête fouillée est accessible ici.

Cartoon America

On est bien en peine de trouver un terme français recouvrant avec précision le sens du mot cartoon. Il désigne en effet un large éventail de formes, a fortiori dans son composé cartoon art: dessin de presse au sens strict français — toujours humoristique, très souvent politique —, mais aussi bande dessinée, illustration, caricature, dessin animé, chacun de ces types d’image dessinée s’incarnant en de multiples avatars et sous-espèces. Le terme lui-même a connu un cheminement sémantique surprenant: issu de l’italien cartone qui désigne le carton contrecollé, il apparaît dans la langue anglaise en 1671, nous dit le dictionnaire Webster, au sens d’esquisse ou de dessin préparatoire à une fresque ou un tableau; mais son premier emploi au sens moderne de "dessin de presse" remonte au numéro du magazine anglais Punch publié le 15 juillet 1843, où un dessin au trait de John Leech parut assorti du titre "Cartoon No.1: Substance and Shadow".

Par Jean-Paul Gabilliet, Transatlantica, 17/07/2007 (via Rezo.net).
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Le dino, le dragon, la poule et l'oeuf

Soit un documentaire (1) qui veut à toute force nous démontrer que les représentations figurées de dragons, de la vie des saints aux temples aztèques, s'inspirent des fossiles de dinosaures. La question est-elle correctement posée? Mettons de côté les confusions bénignes, comme celle du classement zoologique, qui force l'hydre, la manticore ou le griffon à s'assembler en une seule et même espèce, nonobstant leurs différences d'origines et d'attributs. Une erreur plus intéressante montre l'absence de réflexion en termes d'histoire visuelle. Il s'agit de l'effet de décontextualisation qui isole la figure du dragon parmi le riche bestiaire des monstres des civilisations antiques – minotaure, sphinx, licorne, gorgone et autres divinités à forme animalière. Cette décontextualisation permet: 1) de ne pas se poser la question de savoir si nous disposons d'une archive fossile pour chacun de ces êtres fantastiques; 2) de voir dans toutes les représentations de dragons une image objective, une sorte de photographie qui nous indiquerait à coup sûr les caractéristiques de la chose reproduite.

Pourtant, il existe bien une proximité formelle entre dragons et dinos. Mais celle-ci ne suit pas la généalogie proposée par le documentaire. Depuis Jurassik Park (1993), une foultitude d'animations en 3D toutes plus réalistes les unes que les autres ont fait des dinos des créatures plus familières que les vaches ou les cochons. Et nous ont fait oublier que personne n'a vu de ses yeux un dinosaure vivant. Comme en témoigne l'invention du terme "dinosaure" (terrible reptile) par Richard Owen en 1842, ce sont en réalité les représentations de dragons qui ont fourni le principal repère visuel permettant de s'imaginer et plus tard de reconstituer ces animaux. Ce ne sont pas les images de dragons qui descendent des dinos, mais bien les images de dinos qui procèdent des dragons imaginaires. Une filiation logique pour l'histoire visuelle – encore faudrait-il songer à y recourir.

1. "A la recherche du dragon", réal. Carl Hall, production France 5/Parthenon Entertainment Ltd., 2004, diffusé le 15/07/2007 sur France 5.

Illustration: Griffon, enluminure flamande (v. 1350) du Der Naturen Bloeme, histoire naturelle en vers néerlandais écrite vers 1266 par Jacob van Maerlant, La Haye, Koninklijke Bibliotheek.

Ségolène tombe à l'eau. Qu'est-ce qu'il reste?

image Deux images qui nous arrivent le même jour. La première, dans les JT, celle de Nicolas Sarkozy, en costume gaullien, dans son discours d'Epinal. La seconde, en couverture de Paris Match, celle de Ségolène Royal, en costume de bain, saisie en plein farniente. Faut-il préciser? L'article qui suit le reportage s'intitule: "Vie privée en miettes, vie publique guère plus vaillante". Ceux qui pensent que cette coïncidence est le fruit du hasard n'ont pas feuilleté souvent le magazine ces derniers mois. La nouvelle Pravda montre qu'elle sait encore parfaitement manier le langage de l'image. Par ce beau coup, Olivier Royant rattrape définitivement le faux pas de la couverture de Cécilia, et vient de s'assurer les bonnes grâces du patron pour les dix ans à venir.

Martin Parr est-il un amateur?

image Le billet "Libé s'illustre pour pas cher", qui relevait l'usage par le site du quotidien de photographies diffusées sur Flickr, a suscité des commentaires nourris et contradictoires. Aujourd'hui, on trouve dans la version papier du journal un exemple apparemment inverse, et pourtant similaire: l'utilisation à titre d'illustration d'une image de Martin Parr, l'un des plus célèbres auteurs contemporains, qui est certes membre de Magnum, mais dont l'oeuvre (et notamment cette photographie de 2003, très connue) est désormais exposé dans les musées et les galeries d'art de par le monde.

L'usage de cette image est clairement un usage d'illustration (au sens classique d'un usage essentiellement décoratif, en l'absence d'une relation nécessaire de l'image au texte), attesté par la non-mise en valeur du nom de l'auteur (en vertical et en petits caractères sur le bord de l'image) et par la superposition partielle du titre de l'article. Ainsi présentée, cette image n'est plus une oeuvre de Martin Parr, mais un matériel iconographique indifférencié sollicité pour ce qu'il représente: des touristes qui bronzent sur des transats. S'agit-il d'un cas si différent du réemploi hors contexte des photographies de Flickr? Il me semble que non. Là aussi, les images étaient anciennes et utilisées sans rapport direct avec l'actualité, choisies principalement pour leur contenu et accessoirement pour leur style (et non pas pour des raisons économiques, ainsi que nous l'expliquait Florent Latrive en commentaire).

La question du photo-journalisme, toujours agitée à l'endroit de la légitimité des photographies d'amateurs, n'est en réalité pas le bon cadre de discussion pour ces images. Lorsqu'on feuillette attentivement un journal ou un magazine, on se rend compte qu'il y a finalement assez peu d'images qui relèvent du photojournalisme proprement dit (au sens d'une photographie ayant enregistré l'événement précis qui fait le sujet de l'article). Bien plus nombreuses sont les images d'illustration, qui n'ont qu'un rôle décoratif et non informatif (quelle information comporte le portrait de Jack Lang en couverture de Libé aujourd'hui, ou encore la photographie par Sébastien Calvet de Lang et Hollande, datée du 16 septembre 2006?). C'est donc bien à partir de ce contexte qu'il faut reprendre la question de l'usage des images d'amateurs dans la presse, en admettant qu'elles se trouvent placées strictement sur le même plan qu'une photographie de Martin Parr – je veux dire comme une option décorative parmi d'autres, dont le choix relève du goût et de la décision du picture éditor.

Michael Moore à Wolf Blitzer (CNN): pourquoi ne dites-vous pas la vérité aux Américains?

image Michael Moore répondant à Wolf Blitzer (CNN, "The Situation Room", 09/07/2007): “Mais pourquoi ne dites-vous pas la vérité aux Américains? Je veux dire, je souhaite que CNN et les autres médias, juste une fois, disent la vérité à propos de ce qui se passe dans ce pays, que ce soit avec la couverture santé - ou n'importe quel sujet. Je veux dire, vous autres, vous avez un tel passif…”

“Et pour moi, de venir ici et d’avoir à écouter toutes ces conneries… Je veux dire, sérieusement, je n’ai pas été dans votre émission depuis trois ans. La dernière fois où j’étais là, vous avez montré un reportage similaire au sujet de "Fahrenheit 9/11" disant ce ne peut pas être vrai ce qu’il dit au sujet de la guerre, comment ça va être un bourbier, les armes de destruction massive.”

“Vous savez et… pourquoi ne commencez pas vraiment avec ma première apparition dans votre émission en trois ans et peut-être par me présenter des excuses pour avoir dit ça, il y a trois ans, parce qu’il s’est avéré que tout ce que j’ai dit dans "Fahrenheit" était vrai.”

Reproduit sur YouTube.
Via Inside the USA, 10/07/2007 (traduction partielle).

Encuentros Del Otro Cine, 6e édition

En mai dernier, à Quito, Guayaquil et Manta (Equateur) ont eu lieu pour la sixième fois les Encuentros Del Otro Cine (EDOC), Rencontres d’un Autre Cinéma, Festival international de cinéma documentaire. Ce festival est né de la volonté d’un groupe d’artistes, photographes et réalisateurs de mettre en valeur et faire connaître les productions les plus importantes du cinéma documentaire d’auteur, depuis ses débuts et jusqu’aux productions les plus contemporaines dans ce domaine. Parmi les réalisateurs dont les films ont été présentés aux EDOC se trouvent Raymond Depardon, Nicolas Philibert, Chris Marker, Albert Maysles, Patricio Guzman, Fernando Solanas, Joaquim Jorda, Rithy Pahn, Michael Moore, et beaucoup de jeunes réalisateurs latino-américains.

L’organisation à l'origine de cette initiative est Cinememoria, une association crée en 2001 et dont le but est la sauvegarde de la mémoire audiovisuelle de l’Equateur et la mise en valeur du cinéma documentaire. Les EDOC sont, dans ce contexte, un moyen pour Cinememoria de diffuser des regards "autres" sur les questions politiques, économiques, et sociales du monde et de mettre en question la manière dont les informations et la communication circulent en Equateur et dans les pays sous-développés. Il s’agit aussi de montrer comment les productions documentaires posent la question du rôle des images dans la mémoire individuelle et collective d’un peuple.

C’est dans ce contexte que Cinememoria a proposé au public equatorien une sélection de films d’un peu partout dans le monde depuis 2002. Chaque année, les EDOC mettent en avant un thème ou un axe précis et proposent une sélection des productions récentes et de films sur l’Equateur ou réalisés par des jeunes réalisateurs équatoriens. Pour cette dernière édition, les axes autour desquels s’est orientée la programmation étaient la question de la télévision publique de qualité avec l’exemple de DocTV du Brésil, le regard sur les productions de l’Amérique Latine, l’utopie (politique, sociale) comme thème, et la production documentaire récente de l’Equateur.

Ont assisté à cette sixième édition des EDOC le Directeur du Programme DocTV (Brésil), et les réalisateurs Mariana Arruti (Argentine), Diego Garcia Moreno (Colombie), Philip Gröning (Allemagne), Camila Guzman (Chile), Evaldo Mocarzel (Brésil), Marcus Vetter (Allemagne). D’après Manolo Sarmiento, directeur de Cinememoria, le festival a réussi a promouvoir la croissance d’un public fidèle chaque année. Cette année, un quart des 11.768 spectateurs assistaient au festival pour la première fois.

Site web: www.cinememoria.org

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Musée des Arts Derniers, l’inclassable Afrique

Après la rue Mademoiselle dans le 15e arrondissement de Paris, le musée des Arts derniers ouvre ses portes au coeur de Paris, dans le Marais. Un lieu de qualité qui propose un regard alternatif sur la diversité de la création africaine. On y voit "des Afriques" très différentes, en peinture par exemple avec l’exposition actuelle du peintre Solly Cissé (Sénégal), en photographie avec en tête d’affiche Malick Sidibé (Mali), Calvin Dondo (Zimbabwe) ou encore en sculpture avec entre autre le superbe travail de Christophe (France) et Colleen Madamombe. Rencontre avec son directeur, Olivier Sultan.

Afrique in Visu, 09/07/2007.
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Un marché virtuel? Une nouvelle économie de la valeur des images

image Le 17 juin 2007, la vidéo "Sarkozy au G8" était diffusée pour la première fois dans son intégralité sur une chaîne de télévision, dans le cadre de l'émission "Arrêt sur images". L'audience recueillie par ce programme était de 736.840 téléspectateurs. A ce moment même, cette vidéo, diffusée depuis dix jours sur YouTube et Dailymotion, avait atteint une audience cumulée de quelque 15 millions de visionnages. Ce cas récent a représenté la plus forte croissance de fréquentation d'une vidéo en ligne depuis la création d'internet.

On peut discuter la notion d'audience des contenus en ligne. Dans cet exemple précis, j'ai pour la première fois entendu des gens me dire: "Je suis allé voir cette vidéo à plusieurs reprises". Les 15 millions de vues ne correspondent donc pas à quinze millions d'internautes stricto sensu. Mais il faut se souvenir que les audiences des médias de flux, télévision ou radio, sont des indications du même ordre, qui comportent eux aussi des critères ambigus, auxquels nous ne prêtons plus attention, car ces chiffres se sont banalisés. S'ils sont moins faciles à interpréter que les évaluations de Médiamétrie, les chiffres de fréquentation sur internet fournissent néanmoins un indicateur qu'il va falloir apprendre à apprivoiser, et dont les ordres de grandeur restent significatifs. L'audience cumulée sur une dizaine de jours de la vidéo "Sarkozy au G8" est comparable à l'audience instantanée d'une grande émission télévisée, comme par exemple "J'ai une question à vous poser", qui a réuni quelque 8 millions de téléspectateurs lors de l'édition consacrée à Nicolas Sarkozy.

J'ai choisi cet exemple car il témoigne mieux qu'aucun autre à quel point la publication des contenus visuels en ligne est désormais en mesure de rivaliser – et parfois même de dépasser – les médias traditionnels en termes de puissance de diffusion. Réciproquement, on notera que les plates-formes de contenus visuels, vidéos ou photographies, comme Youtube ou Flickr, comptent aujourd'hui parmi les services les plus fréquentés sur internet.

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La réforme des universités en débat sur Dailymotion

C'est l'été. La réforme des universités est un sujet bien trop ennuyeux pour qu'on en débatte sur les plateaux de télévision. Qu'à cela ne tienne: Dailymotion joue son rôle de média parallèle. C'est sur ce canal qu'on peut dès à présent apercevoir les rushes du film en préparation de Thomas Lacoste, "Universités: le grand soir". Une production de L'Autre campagne (à qui l'on doit la série des " Réfutations"), en association avec SLR-Paris.

Le film "Université en danger" constitue le premier volet du long métrage "Université : le grand soir" à paraître fin septembre 2007. Pour soutenir cette initiative, vous pouvez dès à présent pré-acheter le DVD (10 euros) sur le site www.lautrecampagne.org ou par chèque à l'ordre de : L'Autre association, 3 rue des Petites Ecuries, 75010 Paris.

Lire également: "Quelles réformes pour l’enseignement supérieur et la recherche?", Sauvons la Recherche, 26/06/2007.

Les conditions de l'émergence du marché de la photographie

image Le colloque "Enjeux et mutations du marché de la photographie", organisé par Françoise Docquiert dans le cadre des rencontres d'Arles s'est ouvert ce matin par deux communications magistrales de Quentin Bajac, conservateur des photographies au centre Pompidou, et Dominique Sagot-Duvauroux, économiste à l'université d'Angers.

Selon Quentin Bajac, la question du marché photographique, après avoir fait l'objet de nombreuses discussions, doit maintenant devenir un objet d'études. A partir de l'exemple des pratiques de Julia Margaret Cameron, il montre comment, dès le milieu du XIXe siècle, on assiste à l'établissement de règles autour de la notion de rareté. Mais la plupart des tentatives de création de galeries photographiques aux Etats-Unis, dans la première moitié du XXe siècle resteront des échecs, ce qui permet de conclure que les conditions permettant l'émergence d'un marché proprement dit ne sont pas réunies. Elles commencent à émerger à partir des années 1960, avec de nouveaux acteurs comme André Jammes ou Sam Wagstaff, qui ne sont pas seulement des collectionneurs, mais participent activement à l'organisation du marché par la production de savoir et la création d'une hiérarchie des oeuvres. Cette émergence est à comprendre comme le résultat d'un long processus de constitution de la valeur esthétique de la photographie.

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Libé s'illustre pour pas cher

image Coup sur coup, deux correspondants me signalent le recours de Libération à Flickr pour illustrer deux articles parus le 30 juin dernier. Le premier est une dépêche de Reuters consacrée à l'éléphant mécanique des anciens chantiers navals de Nantes, illustrée par une photographie de 2006 de Fimb de l'éléphant du Royal de Luxe à Londres. Le second est un article consacré à la Gay Pride, illustré par une photographie de 2005 de Malias. Dans les deux cas, il s'agit d'images placées par leurs auteurs sous licence Creative Commons. L'usage de Libération, qui mentionne le nom des auteurs, est donc conforme aux obligations requises. On peut toutefois regretter l'absence d'un lien vers l'image originale.

Foin des préventions que manifestaient il y a encore quelques années les journalistes face aux photographies des amateurs. L'énorme quantité d'images disponibles sur Flickr, avec le confort de la recherche par tag (et le filtrage par licence CC), offre des facilités désormais équivalentes au service de nombreuses agences en ligne. Avec cet atout, qui semble bien être ici le facteur décisif du choix: l'absence totale de coût. Comme le note Hughes Leglise-Bataille: “On n'est pas dans la pratique devenue courante des medias qui "racolent" leurs lecteurs pour obtenir des photos (ou videos) qu'ils publient ensuite, ou de la vidéo du fait divers que seuls quelques témoins ont pu enregistrer. Non, c'est carrément au-delà: on a l'impression qu'ils ont jeté l'éponge. Plus de photographes, plus de budget photo: on va se servir directement, et gratuitement, chez les amateurs.”

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