Les controverses provoquées par les vidéos en ligne sont devenues familières au cours de la campagne présidentielle. On pouvait penser que les usages de ce média allaient disparaître en dehors du cadre de l'affrontement électoral. Certains minimisaient justement l'effet des vidéos sur internet en raison de ce contexte particulier. D'autres préparent déjà leurs armes pour les élections américaines ou les prochaines municipales. Pourtant, loin de s'éteindre avec la campagne, l'image parasite refait surface et semble s'installer dans le quotidien et la durée. Dans les deux exemples récents, c'est la première fois qu'un chef de l'Etat en exercice prend en compte ces OVNI médiatiques[3]. En y répliquant, il leur confère un brevet d'existence des plus officiels, en même temps qu'il en banalise l'usage, ramené à celui d'un média ordinaire.

Elections ou pas, ces deux cas montrent qu'il va falloir se faire à ce mode d'expression rebelle, désormais entré dans nos habitudes de communication. L'héritier en droite ligne de "Vidéo-gag" a accédé au rang de média à part entière. On peut craindre que des esprits chagrins, inquiets de l'odeur de poubelle qui en émane, pensent utile de limiter par les moyens de la loi ses débordements menaçants. Reste à savoir si un tel encadrement est possible. Rien n'est moins sûr. Après la preuve récente des liens de Dailymotion avec le pouvoir, la séquence Devedjian apporte la démonstration que le portail n'est pas soumis à une censure politique. Non parce que ses responsables s'y opposent, mais parce qu'il est à peu près impossible de procéder à une forme efficace de contrôle a priori dans un tel cadre. Les usages parasites des plates-formes sont issus de la logique même qui les fonde – et si d'aventure l'une d'entre elles y contrevenait, les usagers iraient tout simplement retrouver ailleurs les conditions auxquelles ils estiment avoir droit – la publication immédiate sans contrôle éditorial préalable. On ne reviendra pas en arrière. Nicolas Sarkozy lui-même confirme qu'il en a pris conscience, en suggérant que la meilleure réponse est de banaliser ces contenus.

Notes

[1] La séquence avait été diffusée pour la première fois dans son intégralité à la télévision lors de la dernière d'"Arrêt sur images", le 17 juin 2007.

[2] Patrick Devedjian avait traité l'ancienne députée du Rhône, Anne-Marie Comparini de «salope» dans un reportage diffusé mercredi par la chaîne lyonnaise TLM, dont l'extrait litigieux avait été isolé et republié jeudi sur Dailymotion

[3] On peut rapprocher ces épisodes du précédent de la cassette Méry, qui avaient également suscité une réponse du chef de l'Etat. Toutefois, le processus dans lequel avait été pris cet enregistrement, devenu pièce à conviction dans le cadre d'un procès, tout comme son exploitation médiatique, sont sensiblement différents du cas des plates-formes visuelles utilisées comme support d'information.