image Non, ce ne sont pas des images de la Roumanie sous Ceausescu. Cela fait bien longtemps, depuis que j'habite en banlieue sud, que j'ai envie de faire un sort à la litanie des non-lieux qui s'étire entre Corbeil et Paris, sur la ligne du RER D. Friches industrielles, usines abandonnées, barres en stock, terrains si vagues, arrières-cours improbables, zones en décomposition: ce décor qui n'a jamais été construit, et qu'on aperçoit pourtant, ces anti-paysages que personne ne veut voir, mais qu'on n'a pas songé à cacher, cette agression sauvage, à laquelle on est quotidiennement exposé. On pourrait en faire un exercice d'art, tant se manifestent ici par leur absence les règles paysagères des environnements urbains. Pour ma part, malgré toute ma culture pop, je ne peux pas me défaire d'un sentiment d'accablement devant cette négation du visuel, cet oubli de l'humain, cet insondable mépris. Loin des zones piétonnes, toujours plus coquettes, loin des autoroutes, toujours plus glamour. Et pour ceux qui empruntent ce trajet, comme tant d'autres en France, deux fois par jour, ce spectacle misérable, ce rappel permanent de ce que la société leur réserve. L'envers du décor. Ouvert tous les jours, 5 € le trajet simple, n'oubliez pas le guide.