Hypothèse: et si ASI ("Arrêt sur images", pour les intimes) s'était arrêtée parce que cette émission avait cessé de voir ce qui se passe à la télévision? Cessé de croire qu'il pouvait s'y passer autre chose que des complots mafieux et des manipulations à deux balles? Cessé de penser qu'on pouvait encore y apercevoir des images et des gens? ASI n'a pas vu le happening à l'envers de la "Nouvelle star" – la plus étrange manifestation d'indépendance artistique lovée au creux du plus marketing des programmes. Et à quoi peut bien servir une telle émission, si elle ne sait plus apercevoir qu'il peut se passer quelque chose, précisément là où on l'attend le moins?

Après Lolita, après Les Bêtises, après Vanina revisités (Vanina! qui pouvait oser ça?), ce soir encore, il fallait cette confrontation entre le vieux clown, vrai musicien, impeccable showman, Dave Levenbach, et le nouveau petit prince duchampien de M6, Julien Doré, pour voir se déployer avec autant d'évidence l'aisance extraterrestre du jeune artiste. Ridiculiser Dave n'est pas à la portée du premier venu – et le faire avec cette aimable insouciance est un cadeau qui justifie à lui seul le paiement de la redevance pour toute l'année civile (oui, je sais, Métropole TV, c'est privé, mais on paye de toute façon, non?).

Oui, il peut encore se passer des choses à la télé. Et on aimerait bien savoir par quels étranges chemins le comble du formatage peut livrer de telles pépites. Gageons que Daniel Schneidermann saura nous l'expliquer, dès qu'il pensera à rallumer la télé.