Schneidermann et Apathie vainqueurs, le jour même où Sarkozy et Fillon voient couronner leur stratégie d'écrasement de toute forme d'opposition? Bien sûr, c'est une coïncidence. Mais c'est aussi de coïncidences que se construit l'histoire, et pour tous ceux dont la sensibilité s'écarte du mainstream médiatique, la leçon est cuisante. Sur le web, il y avait Second Life, espace du jeu et de la virtualité. Grâce aux journaleux-vrais-faux blogueurs, il y a maintenant Second Death, espace du suivez-le-règlement et du montrez-vos-papiers. Les parasites de la toile, ceux qui se servent du web pour y tester gratos les petits papiers qu'ils iront vendre ailleurs, ont tué un vrai blog, ludique, intelligent, inventif – un dangereux concurrent. Car c'est le ton du règlement de comptes qu'on a distinctement entendu, dans la voix de Jean-Michel "légitimité" Apathie ou dans le contentement très Ponce-Pilate de Schneidermann. Oui, les billets de François Mitterrand 2007 étaient souvent plus drôles, mieux informés, mieux tournés, plus intéressants que ceux des journalistes estampillés. Et bien sûr, il fallait le masque de l'anonymat pour pouvoir passer outre la langue de bois politico-médiatique. Rien qui puisse affoler sur un terrain où le premier de cordée s'appelle Versac (pour ne rien dire de Delphine de Girardin – mais c'est un nom qui ne doit pas éveiller beaucoup d'échos à RTL...). Un exemple qui aurait pu faire réfléchir en profondeur sur l'économie de l'expression politique. Mais pour réfléchir, c'était trop tard, l'odeur de la poudre était trop forte.

A vrai dire, il n'y a pas que François Mitterrand 2007 qui a fermé ses portes. Avec le billet "Messe pour un blog présidentiel défunt" (”O funeste jour! La blogosphère est en deuil. François Mitterrand s’en est allé pour la deuxième fois, sans livrer son secret. O meurtrier dimanche législatif! Interrompez Roland Garros! Envoyez le Requiem!”), c'est aussi un peu du programme du Big Bang Blog qui s'évanouit – et beaucoup de la compréhension de l'un des rares go-between qui s'éteint. Se souvient-on encore que c'est Schneidermann, admiratif, qui révélait dans les colonnes de Libé l'existence d'Etienne Chouard au monde non-web? Aujourd'hui, c'est encore lui qui aura été le premier à coucher sur le papier le nom d'une nouvelle figure de la toile. Mais cette fois, pour la piétiner. Je le disais: triste jour pour la blogosphère.