Les chercheurs se mobilisent contre l'identité nationale
Par André Gunthert, samedi 2 juin 2007 à 11:15 (1407 vues, permalink, rss co) :: Comptes rendus - Politique
Alors même que Brice Hortefeux livrait au Figaro un entretien très ferme sur les objectifs de son nouveau ministère, le groupe des historiens démissionnaires de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) organisait hier une première réunion à l'EHESS pour faire le point sur leur initiative. Reçus mardi dernier par le ministre de l'identité nationale et de l'immigration, ils n'ont pu que constater la fin de non-recevoir opposée à leur protestation. Initiée par des groupes d'extrême-droite comme le club de l'Horloge ou le Grece, puis véhiculée par le Front national, l'association des expressions "identité nationale" et "immigration" comporte de fortes connotations xénophobes, explicitement admises par le candidat Sarkozy lui-même, lorsqu'il expliquait que cette proposition permettrait de “récupérer le vote FN” (Libération du 12/04/2007). A contrario, le ministre a tenté de banaliser l'intitulé en le ramenant aux questions de citoyenneté, et a opposé l'argument d'autorité du suffrage universel, devant lequel il faudrait s'incliner sans discuter, ce qui est une vision curieuse du débat démocratique.
Devant une salle comble, une discussion nourrie a permis de recontextualiser la proposition gouvernementale et de prendre la mesure du caractère exceptionnel de cette innovation sémantique et administrative, dont le seul précédent historique est le commissariat général aux questions juives du gouvernement de Vichy. Avec ce nouveau ministère, c'est un consensus installé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, visant à empêcher le retour d'idéologies qui avaient conduit à la catastrophe, qui vole en éclats. Malgré les déclarations rassurantes des responsables, les décrets d'applications délimitant les compétences de la nouvelle entité, qui récupère notamment la responsabilité de l'asile et qui exercera une compétence partagée avec le ministère de la culture sur la direction de la mémoire du patrimoine et des archives (voir extrait vidéo), constituent autant d'indications précises d'une incontestable volonté politique. Les historiens ont indiqué qu'ils entendaient poursuivre leur mouvement, réclamant le retrait de la notion d'"identité nationale" de l'intitulé et des fonctions du ministère, qu'il n'appartient pas à un organisme d'Etat de définir ni d'encadrer. Outre l'ouverture d'un site (www.upolin.org), destiné à rassembler des documents et des analyses historiques, une pétition en direction du monde de la recherche et de la culture sera lancée dans les jours prochains.
- Vidéo: extrait de la réunion, intervention de Patrick Weil.
- Site: http://www.upolin.org.
Illustration: Réunion du 01/06/2007 à l'EHESS. De g. à dr.: Vincent Viet, Nancy Green, Patrick Weil, Gérard Noiriel, Janine Ponty (photo: Gunthert).
Commentaires
1. Le samedi 2 juin 2007 à 15:33, par cajun
2. Le dimanche 3 juin 2007 à 04:26, par max
3. Le dimanche 3 juin 2007 à 15:36, par Annette Wieviorka
4. Le dimanche 3 juin 2007 à 16:44, par André Gunthert
5. Le dimanche 3 juin 2007 à 18:24, par Aristide
6. Le dimanche 3 juin 2007 à 20:32, par André Gunthert
7. Le mercredi 20 juin 2007 à 23:18, par Anne
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