L'ouverture a donc un arrière-goût de tactique politicienne, qui n'a pas échappé aux plus perspicaces. Précisons les choses. La quasi absence de sarkozystes historiques, Hortefeux mis à à part, donne à cette ouverture un angle réellement inédit en termes de composition politique. Ex-chiraquiens, ex-juppéistes, ex-bayrouistes, ex-ségolénistes: le gouvernement nommé par Nicolas Sarkozy comporte une part tout à fait inhabituelle de ralliés ou d'anciens adversaires, qui semblent d'autant mieux servis que leur conversion a été récente, ou spectaculaire.

La mémoire des journalistes est courte. Se souviennent-ils qu'Alain Juppé avait fondé l'UMP, qui devait être le bras armé de Chirac contre Sarkozy? Que Michèle Alliot-Marie affrontait en janvier dernier l'actuel président de la République au sein de primaires qui n'eurent jamais lieu? Que Jean-Louis Borloo, après avoir lui aussi caressé l'idée d'une candidature, mettait encore en mars à son ralliement un haut prix? La majorité des ministres de Sarkozy sont d'anciens adversaires, qu'il a terrassés, humiliés ou séduits tout au long de son ascension vers le pouvoir.

La principale caractéristique de ce gouvernement est d'avoir été composé comme un tableau de chasse. Un assortiment des plus belles prises de guerre, dont l'exhibition soumise est destinée à montrer au pays l'ampleur de la victoire de son chef. La plupart de ses membres ne sont pas des individualités choisies pour leur compétence ou en raison de quelque subtil dosage politique. Ce sont les instruments d'un triomphe romain, une collection de trophées, dont Kouchner n'est que la pièce la plus récente. (A entendre l'enthousiasme avec lequel les médias, notamment télévisés, ont accueilli cette opération, on se demande si la presse n'est pas elle aussi de ceux qui suivent le char).

Cette manière de faire de la politique confirme ce que la campagne avait montré. Nicolas Sarkozy est animé d'une volonté de séduire qui offre la véritable jauge de ses actes. C'est pourquoi les analystes politiques, s'il en reste encore, devraient accorder plus d'attention aux aléas de la relation du couple présidentiel. Ils y verraient comme un laboratoire des modèles que Sarkozy a commencé d'appliquer en France.

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