Le gouvernement des prises de guerre
Par André Gunthert, vendredi 18 mai 2007 à 21:25 (1491 vues, permalink, rss co) :: Politique
Quelle est la caractéristique du nouveau gouvernement français? L'ouverture, reprend le choeur des médias, en poussant en avant le pauvre Bernard Kouchner qui, s'il l'ignorait encore, a dû comprendre dès la présentation des ministres sur le perron de l'Elysée quel allait être son véritable rôle. Faire le maximum de dégâts dans son ancien camp, et accessoirement dans celui de François Bayrou. Triste fin de carrière pour le "French doctor". Il n'est jamais trop tard pour déchoir.
Sa désignation jette pourtant une ombre sur les intentions de Nicolas Sarkozy. Car il y a une semaine encore, c'était Hubert Védrine qu'on annonçait au Quai d'Orsay. Sans vouloir leur faire de peine, il faut bien avouer que ce portefeuille n'est plus ce qu'il était. Depuis la nomination de Douste-Blazy, on avait compris que ce ministère n'était plus vraiment une pièce maîtresse. La faute à l'influence déclinante de la France dans le monde et aux cohabitations successives, qui ont accrédité l'idée d'un "domaine réservé" présidentiel. Reste que les convictions en matière de politique étrangère de Védrine sont à peu près à l'opposé de celles de Kouchner. Ce qui fait soupçonner que, plutôt que de souscrire à la doctrine énoncée par Bayrou (prendre les meilleurs, quel que soit leur camp), il s'est agi ici de prendre n'importe lequel – pourvu qu'il fut du camp d'en face.
L'ouverture a donc un arrière-goût de tactique politicienne, qui n'a pas échappé aux plus perspicaces. Précisons les choses. La quasi absence de sarkozystes historiques, Hortefeux mis à à part, donne à cette ouverture un angle réellement inédit en termes de composition politique. Ex-chiraquiens, ex-juppéistes, ex-bayrouistes, ex-ségolénistes: le gouvernement nommé par Nicolas Sarkozy comporte une part tout à fait inhabituelle de ralliés ou d'anciens adversaires, qui semblent d'autant mieux servis que leur conversion a été récente, ou spectaculaire.
La mémoire des journalistes est courte. Se souviennent-ils qu'Alain Juppé avait fondé l'UMP, qui devait être le bras armé de Chirac contre Sarkozy? Que Michèle Alliot-Marie affrontait en janvier dernier l'actuel président de la République au sein de primaires qui n'eurent jamais lieu? Que Jean-Louis Borloo, après avoir lui aussi caressé l'idée d'une candidature, mettait encore en mars à son ralliement un haut prix? La majorité des ministres de Sarkozy sont d'anciens adversaires, qu'il a terrassés, humiliés ou séduits tout au long de son ascension vers le pouvoir.
La principale caractéristique de ce gouvernement est d'avoir été composé comme un tableau de chasse. Un assortiment des plus belles prises de guerre, dont l'exhibition soumise est destinée à montrer au pays l'ampleur de la victoire de son chef. La plupart de ses membres ne sont pas des individualités choisies pour leur compétence ou en raison de quelque subtil dosage politique. Ce sont les instruments d'un triomphe romain, une collection de trophées, dont Kouchner n'est que la pièce la plus récente. (A entendre l'enthousiasme avec lequel les médias, notamment télévisés, ont accueilli cette opération, on se demande si la presse n'est pas elle aussi de ceux qui suivent le char).
Cette manière de faire de la politique confirme ce que la campagne avait montré. Nicolas Sarkozy est animé d'une volonté de séduire qui offre la véritable jauge de ses actes. C'est pourquoi les analystes politiques, s'il en reste encore, devraient accorder plus d'attention aux aléas de la relation du couple présidentiel. Ils y verraient comme un laboratoire des modèles que Sarkozy a commencé d'appliquer en France.
Voir également:
- Donnedieu de Vabres devrait être remplacé par Christine Albanel, Ratatium, 17/05/2007.
- Darcos, Pecresse: nouveaux ministres, Toujours Plus, 18/05/2007.
Tags: débats
Commentaires
1. Le dimanche 20 mai 2007 à 00:05, par Meg
2. Le dimanche 20 mai 2007 à 01:27, par Marie
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.