La conclusion s'impose. Plus question de se lâcher: pour toute personne exposée au suffrage de ses contemporains, l'attention devra être permanente, le contrôle maximal, à tout instant du jour et peut-être de la nuit. Les frasques d'antan, dont le public n'entendait au mieux que le récit, sont à présent autant de séquences à la merci d'une caméra ou d'un téléphone portable. L'avons-nous assez vu ces derniers mois, avec quelques bribes d'un bêtisier encore peu garni? Dorénavant, le stock des images va gonfler à une allure inédite. Plus de droit à l'oubli – une mémoire permanente sera toujours prête à servir. A moins de vivre aussi reclus que Saddam Hussein, les métiers publics deviendront d'autant plus pénibles à exercer qu'il y aura d'écart entre les mots et les actes.

Il y aurait bien une solution: créer sans tarder un CSA de l'internet, pour soumettre ces dérives menaçantes à la gouvernance qui régit les médias classiques. Mais outre que de telles mesures prouveraient que le nouveau président a peur du web et de sa liberté, elles resteraient sans effet, puisqu'il suffirait de délocaliser ses outils de diffusion pour échapper aux sanctions. Elles ne feraient certes pas les affaires des Dailymotion, Kewego et autres plates-formes hexagonales. Mais en recourant à Blinkx ou à un autre moteur de recherche spécialisé, on retrouverait aisément la trace des contenus prohibés.

Mieux vaut se faire dès à présent à ce retournement imprévu de la société du spectacle. Sourire. Garder son sang-froid. Se montrer en toute circonstance affable, pondéré, respectueux. Et penser à mettre de l'écran total lorsqu'on s'expose au soleil.