En réaction à la défaite de Jospin, la gauche n'a parié que sur une chose: la mobilisation de son camp. Elle était dépourvue de toute stratégie susceptible de faire face à ce nouveau logiciel. Elle a constamment sous-estimé son adversaire et n'a au mieux réagi qu'au coup par coup. Le verdict des urnes a statué sur l'insuffisance de cette approche.

Après celle de Silvio Berlusconi, la victoire de Nicolas Sarkozy confirme que l'on peut maintenant décrire la mondialisation comme une crise du capitalisme. De même que la crise de 1929 avait poussé les populations dans les bras des démagogues, c'est la perception des mouvements actuels de la société comme autant de manifestations d'une crise aigüe qui guide les réactions de l'électorat. Plutôt que d'une envie d'action, il s'agit du désir d'être rassuré d'une peur lancinante.

Sur un certain nombre d'illusions qui ont permis la victoire de Nicolas Sarkozy, la recherche en sciences sociales dispose de réponses et d'atouts qui n'ont pas été suffisamment mobilisés. Un historien comme Gérard Noiriel a par exemple pu montrer combien la logique du déclassement était au fondement de la désignation de l'immigré comme bouc émissaire (Immigration, antisémistisme et racisme en France, Fayard, 2007). De telles approches sont indispensables à la refondation d'une nouvelle stratégie à gauche et suggèrent l'urgence de l'ouverture d'un dialogue avec les chercheurs.

Quoique les Guignols aient prêté à Ségolène Royal le souhait de parler aux Français avec des mots simples, c'est bien plutôt Nicolas Sarkozy qui a su leur adresser des énoncés simplifiés. Cette clarté des formulations a pesé dans le combat. On peut regretter cette façon de faire, au nom de la complexité du réel. On peut aussi penser que la pédagogie est un moyen de la politique, et qu'il appartient aux chercheurs et aux intellectuels de savoir ramasser dans des formules frappantes des analyses profondes.

Cela fait bien longtemps que la gauche a perdu la bataille des idées. Je n'imagine pas que l'on puisse retrouver le chemin des succès politiques sans reconquérir d'abord ce terrain. Etant donné les conditions politiques et sociologiques de la victoire de Nicolas Sarkozy, il va nous falloir faire preuve de beaucoup de pédagogie pour reprendre cette place perdue. Mais il n'existe pas d'autre solution, dans le respect de la démocratie.