21h01. Premières images. Un décor inspiré du Cérébro du professeur Xavier dans les X-Men, un dispositif en croix qui encourage l'affrontement. Une ambiance lumineuse froide et bleutée, qui donne une grande clarté à la mise en scène, mais ne favorise pas le rendu des chairs. On voit des cernes sous les yeux de Ségolène Royal. Le visage de Nicolas Sarkozy a des tons pastel. Problème de son sur France 2 – on passe sur TF1.

21h15. Royal: “S'il y avait davantage de policiers, peut-être que cette femme n'aurait pas été violée.” Ca commence fort. Nicolas Sarkozy ne s'attendait pas à une attaque aussi frontale dès le début. Attaqué sur sa droite, il bafouille, baisse les yeux et a besoin de l'aide de PPDA pour reprendre pied. Un premier frisson de plaisir parcourt l'assistance.

21h31. Royal: “Si vous ne pouvez pas faire, pourquoi voulez-vous accéder aux responsabilités?” Première d'une série de répliques choc qui surprennent heureusement la Netscouade.

image 21h49. Sarkozy: “Dans la fonction publique, autoriserez-vous l’octroi d’heures supplémentaires aujourd’hui interdites, oui ou non?” La réponse fait l'objet d'un envoi sur la liste sans attendre: “FAUX. Les heures sup ne sont pas "interdites": différences heures legales et heures choisies voir ici sur le site du ministère de l'emploi”. “Et en plus pour un salarié , refuser les heures supplémentaires que l'employeur propose pour surcharge de travail est une faute grave, il peut donc etre licencié!” commente un internaute. L'argument est relayé sans tarder aux discutants.

21h50. “Elle est où, Chabot?” Une sollicitation ironique se manifeste à l'attention de la directrice de la rédaction de France 2, disparue corps et biens. PPDA, souvent bousculé, arrive périodiquement à reprendre les rênes. Chabot, elle, posera en tout et pour tout une question complète en deux heures et demi de débat. Avant les sondages express des sites en ligne pour savoir qui a gagné la partie, son visage fermé est une indication qui ne trompe pas.

22h57. Sarkozy: “Si vous êtes la Présidente de ce qui marche, eh ben moi je veux être le Président qui fasse que ce qui marche pas marche, parce que si c’est pour être la Présidente de ce qui va et qu'il y a pas de problème, c'est pas la peine, les gens ne votent pas pour nous, pour que l’on aille compliquer ce qui va.” Sentence appréciée pour son élégance et sa clarté. Un facétieux rappelle l'impérissable: “The yes needs the no...”

22h12. La Netscouade prend note avec délices du "Vous le ferez" de Sarkozy à Royal. Pour lui, a-t-elle déjà gagné? Question aussitôt postée.

22h22. “Drame dans les commentaires: la candidate est jugée agressive / avec des arguments faibles sur LCI”, rapporte un observateur. Plusieurs internautes se dévouent pour équilibrer les réactions.

22h35. A l'énoncé des “17%”, plusieurs membres de l'équipe manifestent leur inquiétude. Ce ne sont pas les bons chiffres. Après quelques instants de flottement et de rapides vérifications, un courrier est rédigé pour préciser les choses: 17% est le pourcentage du nucléaire dans l'ensemble de la consommation d'énergie. En revanche, les 50% de Sarkozy ne correspondent à rien. Soulagement: c'est un match nul, comme dans l'affaire des sous-marins.

22h40. Un internaute avertit la cellule que des militants de l'UMP ont investi le site www.bayrou.fr.

22h50. Royal: “Quel dommage que vous n'ayez pas fait tout ça pendant cinq ans!.” L'atmosphère se détend à nouveau, les rires fusent. Sarkozy: “Moi, ce que je propose c'est pire…” Royal, du tac au tac: “Oui, avec vous tout est possible, même le pire!” Applaudissements des militants, ravis d'entendre leur candidate placer ce qui a été un slogan de contre-campagne.

22h56. La colère de Ségolène Royal inquiète l'assistance. Mais la Netscouade soutient immédiatement sa candidate et poste ses arguments pour la défendre.

23h05. Royal: “Les femmes vont aller au tribunal pour demander une place en crèche? C'est ça la société que vous nous proposez?” Encore une réplique qui fait mouche au 282. On remarque que les cadreurs ont de plus en plus de mal à attraper le visage de Sarkozy, obstinément tourné vers le couple Poivre-Chabot. Le recours à la caméra de contrechamp s'impose pour ne pas limiter la prise de vue au profil du candidat. Royal, elle, ne le quitte pas des yeux.

23h10. Royal: “Dès que vous êtes gêné, vous vous posez en victime.” Sarkozy: “Avec vous c'est en victime consentante”. Rires et exclamations: “J'ai bien entendu? Il vient de lui proposer la botte?”

image Fin de l'émission. Après deux heures et demi de tension et de concentration ininterrompue, la fatigue est perceptible. “Je n'ai plus de doigts : j'ai deux espèces de moignons...”, poste un débatteur. Mais la Netscouade est ravie. Ségolène Royal a non seulement tenu tête à celui qui passait pour l'un des plus fins orateurs de la droite, mais l'a promené pendant une bonne partie du dialogue, sans jamais lâcher prise. Rendez-vous est donné à la Bellevilloise pour fêter cette victoire.

Versac, Birenbaum, Morandini, Le Monde.fr, LCI, etc. ont accueilli plusieurs milliers de commentaires. Un phénomène inédit, qui aura permis de prendre la mesure des réactions au débat en temps réel, avec un luxe de détails, de notations et de perceptions qui bat à plate couture les comptes rendus de la presse ce matin, tellement ternes en comparaison.

Une réaction au hasard, hier soir sur LCI: “Etant traditionnellement à gauche et n'étant pas à la base particulièrement fan de Ségolène, j'ai quand même trouvé ce soir Sarkozy en dessous. Il n'a jamais réussi à prendre l'ascendant dans le débat et n'arrivait pas à regarder son adversaire. Je suis assez surpris car c'est la première fois en 5 ans que je le vois aussi emprunté. J'aurais voté Ségolène de toute façon mais ce soir c'est la première fois qu'elle me convainc et qu'elle me rassure sur ses capacités. Martin, Paris.”

A votre avis, quel candidat sort vainqueur du débat télévisé?” s'interroge Le Monde sur son site. A 13h, 135.000 lecteurs ont donné leur avis: Ségolène Royal, 48.7 %; Nicolas Sarkozy, 38.5 %; ni l'un, ni l'autre, 12.7 %.

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