Il était temps! Dans la France de 2007, n'écoutant que son courage, enfin quelqu'un s'est levé pour réclamer que l'on “tourne la page de mai 1968” – dont on fêtera bientôt le quarantième anniversaire. Voilà qui est pointer l'urgence politique du moment (fut-ce en pompant un passage de La défaite de la pensée, un bouquin d'Alain Finkielkraut vieux de vingt ans, comme l'a justement repéré Daniel Riot). Dès qu'on aura accompli ce programme impérieux, suggérons de même d'en finir une bonne fois pour toutes avec les croisades, l'édit de Nantes et la grippe espagnole – qui fit tout de même entre 30 et 100 millions de morts, c'est à dire autant que le socialisme réel, ne l'oublions pas (copyleft à Guaino pour un prochain meeting).

Et si cet anachronisme nous révélait quelque chose de l'air du temps? C'est l'étrange idée que faisait naître l'explication de texte du journal télévisé de France 2 – aussi appelé télé-Sarkozy. “Pour certains chercheurs, il y a bien une face obscure de mai 1968”, concluait le reportage. On dresse l'oreille: quel est l'éminent spécialiste sollicité? Marc Ferro? Régis Debray? François Dosse? Hamon et Rotman? Vous n'y êtes pas. On peine d'abord à le reconnaître, camouflé sous l'intitulé super-classe de “chercheur à la Fondation nationale de sciences politiques” (sic), mais on finit par le remettre: c'est ce bon vieux Alain-Gérard Slama, éditorialiste au Figaro, chroniqueur au Point, revues d'histoire contemporaine bien connues. Que nous dit la voix de la science? “On ne peut pas contester que les dimensions de légèreté, d'irresponsabilité, de remise en cause de la valeur travail, qui sont répandues dans notre pays, trouvent sans aucun doute son point de cristallisation (sic) dans ce moment historique”, énonce d'une voix mal assurée celui qui est à la recherche ce que Bob l'éponge est aux arts ménagers. Mai 1968, qu'ils disaient? Ils vont finir par nous donner des idées...