Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Ce que nous disent les affiches (2)

Les affiches électorales suscitent des réactions variées et souvent vives, en particulier dans le contexte très personnalisé de l’élection présidentielle. Pour étudier cette forme spontanée de réception politique, j'ai proposé il y a une semaine à tous ceux qui le souhaitent de me faire parvenir des photographies de ces supports éphémères (affichesdecampagne@ehess.org). Plus de 600 images ont été collectées par une trentaine de posteurs et mises en ligne sur le site Affiches de campagne. En attendant d'entreprendre l'analyse de ce corpus, voici une sélection d'exemples pour les principaux candidats (cliquer sur les images pour accéder aux échantillons). La collecte se poursuit pour le second tour!

image Affiches diverses (Montélimar, 16/04, photo N. Frespech; Montélimar, 16/04, photo N. Frespech; Paris, 17e, 17/04, photo A. Leblanc; Paris, 17e, 17/04, photo A. Leblanc; Paris, 11e, 15/04, photo S. Fargeon; Avignon, avril 2007, photo B. Coutancier).

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Le piège de l’implicite

La gestion télévisuelle des résultats du premier tour de l’élection présidentielle 2002

Le 21 avril 2002 au soir, en clair sur Canal +, la marionnette du journaliste Patrick Poivre d'Arvor ouvre le journal satirique des Guignols de l'info en annonçant: “Ceux qui n'ont pas encore voté peuvent y aller. Il leur reste quinze minutes. Le Pen est au deuxième tour[1]”. Il est 19 h 46 et 53 secondes, soit treize minutes avant vingt heures[2]. Quelques jours plus tard, le CSA adressera par courrier une mise en garde aux principales chaînes françaises, rappelant les termes de l'article L.52-2 du code électoral, selon lequel “aucun résultat d'élection, partiel ou définitif, ne peut être communiqué au public par voie de presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle, en métropole, avant la fermeture du dernier bureau de vote”. Contrairement à l'injonction légale, note le CSA, les présentateurs de TF1, France 2, France 3 et Canal +, ont “tenus des propos qui pouvaient être interprétés comme des indications sur les tendances du scrutin avant même que celui-ci ne soit clos[3]”. Passé vingt heures, la confirmation du score du leader du Front national abasourdit le pays et fait oublier les dérapages de la soirée électorale. Ceux-ci ont pourtant atteint ce jour-là une ampleur inédite, jusqu'à la transgression pure et simple de l'interdit légal – une première qui n'aurait pas manqué d'alimenter les commentaires, dans n'importe quel autre cas de figure que l'accession au second tour de Jean-Marie Le Pen. Le traitement singulier réservé par la télévision à cette circonstance questionne tout à la fois le statut d'exception du parti d'extrême droite et la gestion médiatique en temps réel d'un événement politique impensable.

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