Le numéro spécial révélations fracassantes sur Sarkozy a fait un flop dans la blogosphère. C'est bien dommage, car je suis en mesure de vous révéler que l'article qui a été la principale source d'inspiration de Marianne n'est autre qu'un billet publié ici-même le 27 mars, sous le titre "Le vrai Sarkozy, bilan de netcampagne". Ce texte proposait un premier état des lieux de la campagne en ligne (complétée depuis ici). Le résumé qu'en fournit Octave Bonnaud, en page 45 de l'hebdomadaire est plutôt correct – à part son titre, "Le flop de la netcampagne", qui inverse le sens de mon propos. Je concluais ce bilan par une thèse classique, celle de La Lettre volée d'Edgar Allan Poe, selon laquelle le symptôme le plus voyant était passé inaperçu. Il s'agissait de la vidéo virale "Le vrai Sarkozy", qui restera le premier hit français de l'histoire des campagnes en ligne – auquel le magazine de Jean-François Kahn emprunte aujourd'hui son titre, sa rhétorique et sa méthode: monter en enfilade tous les éléments à charge prouvant la dangerosité du candidat.

Personnellement, je préfère l'efficacité nerveuse du film au pathos un peu lourdingue de l'article de Marianne. Mais celui-ci est bien structuré par la thèse de La Lettre volée. S'attendait-on à des révélations, au dévoilement d'une rumeur croustillante? Que nenni, nous disent Kahn, Maury et alii: “il suffit, au demeurant, de le lire ou de l'écouter”. Il suffit de remettre en perspective tous les éléments épars du puzzle, pour qu'apparaisse enfin la vérité, qui était là, sous nos yeux, depuis le début. Les journalistes de Marianne n'ont d'ailleurs pas été les seuls à s'inspirer de ma thèse, que reprend par exemple Bernard Langlois sur le blog "Le Monde citoyen": “Pas besoin de rumeur. Ou plutôt, la rumeur est là, sous nos yeux, comme la lettre volée d’Edgar Poe: tout dans son comportement, ses dérapages, ses outrances, ses contradictions, tout indique que Nicolas Sarkozy est un homme dangereux”.

Contredisant ses propres analyses sur "le flop de la netcampagne", le n° 521 de Marianne restera comme une preuve manifeste de la circulation des idées des petits au grands médias. Du "vrai Sarkozy" en vidéo au "vrai Sarkozy" sur papier, même si aucun des éléments du dossier à charge que propose l'hebdomadaire n'était inconnu, c'est bien à un retournement d'image que l'on assiste. Le magazine ne fait qu'accompagner un mouvement de translation qui s'effectue depuis début avril dans l'ensemble de la presse. “Révélation” aujourd'hui pour Jean-François Kahn, l'image "dangereuse" du candidat était véhiculée depuis des mois sur internet. Qui pourra dire désormais que les blogueurs n'influencent pas les médias?