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Les sondages n'y voient goutte

image Au moment où se publient les derniers sondages avant le premier tour, deux règles simples pour tirer profit des indications qu'ils fournissent. La première est de ne pas tenir compte d'une enquête isolée, mais d'en comparer plusieurs. Une page du Monde.fr qui synthétise sous forme graphique les données des principaux instituts est à cet égard très pratique (en attendant sa mise à jour, il convient de la compléter par les dernières vagues publiées: CSA, IFOP, IPSOS et TNS-Sofres). La comparaison montre que les valeurs absolues attribuées à chaque candidat sont très variables et peuvent bouger de 2 à 4 points dans un sens ou dans l'autre. D'où la seconde règle: ne pas tenir compte des chiffres, mais seulement des tendances, c'est-à-dire de la position relative des candidats et surtout du mouvement de la courbe. Plutôt que de regarder si Sarkozy est à 28% et Royal à 24%, ce qui importe, compte tenu des mouvements qui peuvent se produire au cours de la semaine prochaine, c'est de voir qui monte et qui descend. Cette indication aura évidemment plus de valeur si elle est corroborée par plusieurs instituts.

Du côté des trois principaux candidats, les instituts ne mesurent pas la même chose. TNS-Sofres donne Nicolas Sarkozy en progression de 2 points (30%), alors que CSA (26%), IFOP (28,5%) et IPSOS (29,5%) le voient à la baisse de 1 point (écart: 4 points). Ségolène Royal passe de 2,5 points de hausse pour TNS-Sofres (26%) à 2 points de baisse pour CSA (23%). Ecart: 3 points. Idem pour François Bayrou, qui varie de 3 points à la baisse chez TNS-Sofres (17%) à 2 points à la hausse chez CSA (21%). Ecart: 4 points. Ces divergences sont importantes. Après coup, les instituts nous expliqueront comme d'habitude qu'ils avaient correctement décrit les tendances. Mais à une semaine du scrutin, leurs contradictions montrent surtout l'imprécision d'un outil incapable de dégager un schéma général.

Les blogueurs influencent-ils ...Marianne?

Le numéro spécial révélations fracassantes sur Sarkozy a fait un flop dans la blogosphère. C'est bien dommage, car je suis en mesure de vous révéler que l'article qui a été la principale source d'inspiration de Marianne n'est autre qu'un billet publié ici-même le 27 mars, sous le titre "Le vrai Sarkozy, bilan de netcampagne". Ce texte proposait un premier état des lieux de la campagne en ligne (complétée depuis ici). Le résumé qu'en fournit Octave Bonnaud, en page 45 de l'hebdomadaire est plutôt correct – à part son titre, "Le flop de la netcampagne", qui inverse le sens de mon propos. Je concluais ce bilan par une thèse classique, celle de La Lettre volée d'Edgar Allan Poe, selon laquelle le symptôme le plus voyant était passé inaperçu. Il s'agissait de la vidéo virale "Le vrai Sarkozy", qui restera le premier hit français de l'histoire des campagnes en ligne – auquel le magazine de Jean-François Kahn emprunte aujourd'hui son titre, sa rhétorique et sa méthode: monter en enfilade tous les éléments à charge prouvant la dangerosité du candidat.

Personnellement, je préfère l'efficacité nerveuse du film au pathos un peu lourdingue de l'article de Marianne. Mais celui-ci est bien structuré par la thèse de La Lettre volée. S'attendait-on à des révélations, au dévoilement d'une rumeur croustillante? Que nenni, nous disent Kahn, Maury et alii: “il suffit, au demeurant, de le lire ou de l'écouter”. Il suffit de remettre en perspective tous les éléments épars du puzzle, pour qu'apparaisse enfin la vérité, qui était là, sous nos yeux, depuis le début. Les journalistes de Marianne n'ont d'ailleurs pas été les seuls à s'inspirer de ma thèse, que reprend par exemple Bernard Langlois sur le blog "Le Monde citoyen": “Pas besoin de rumeur. Ou plutôt, la rumeur est là, sous nos yeux, comme la lettre volée d’Edgar Poe: tout dans son comportement, ses dérapages, ses outrances, ses contradictions, tout indique que Nicolas Sarkozy est un homme dangereux”.

Contredisant ses propres analyses sur "le flop de la netcampagne", le n° 521 de Marianne restera comme une preuve manifeste de la circulation des idées des petits au grands médias. Du "vrai Sarkozy" en vidéo au "vrai Sarkozy" sur papier, même si aucun des éléments du dossier à charge que propose l'hebdomadaire n'était inconnu, c'est bien à un retournement d'image que l'on assiste. Le magazine ne fait qu'accompagner un mouvement de translation qui s'effectue depuis début avril dans l'ensemble de la presse. “Révélation” aujourd'hui pour Jean-François Kahn, l'image "dangereuse" du candidat était véhiculée depuis des mois sur internet. Qui pourra dire désormais que les blogueurs n'influencent pas les médias?