L'EHESS, un label pour les tracts politiques
Par André Gunthert, vendredi 13 avril 2007 à 10:29 (2695, permalink, rss co) :: Politique
Depuis l'occupation du 105, bd Raspail en mars 2006, l'appellation "Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)" est devenue un label utilisable dans un contexte politique, connotant à la fois l'expertise et l'indépendance de la recherche. C'est du moins le constat qu'on peut tirer de son utilisation dans le dernier document viral qui circule par e-mail, dont voici une version brève (version longue reproduite sur le site Hoaxbuster).
EHESS - École des Hautes Études en Sciences Sociales. L'heure est grave. L'heure est grave car ce que nous redoutions tous est en train d'arriver. Il ne s'agit plus de sondages, d'informations des médias mais d'informations extrêmement fiables fournies par le Cevipof (Centre d'études de la vie politique en France) qui depuis plus de 20 ans a toujours donné les résultats des élections avant le vote sans jamais se tromper. Il n'y a jamais eu aucune erreur tant leurs enquêtes sont fiables.
Ce sont les seuls qui avaient signalé en 2002 que Le Pen serait au second tour. Et là , tenez vous bien, voici les résultats de leur dernière vague d'enquêtes. Premier tour: Le en arrive en tête avec 20%, suivi de Sarkozy 19%, Ségolène Royal 18%, Bayrou 11% et le total de tous les autres candidats de la gauche à peine 5% tous réunis.
Et les RG donnent aussi Le Pen devant Ségolène au premier tour...
Ce message n'émane pas de l'Ecole, où il n'a jamais circulé sur ses listes officielles. Plusieurs collègues ont fait état publiquement de leurs choix politiques. Ces témoignages citoyens ne sauraient engager l'EHESS dans son ensemble. Seule sa présidente, Danièle Hervieu-Léger, pourrait légitimement s'exprimer en son nom.
Ce tract témoigne de la difficulté à manipuler les signes de l'univers académique. Voir un message de l'EHESS s'appuyer sur une enquête du Cevipof (centre de recherches politiques de Sciences Po) est évidemment assez drôle. Avant de démentir ce canular sur son site, Pascal Perrineau, directeur du Cevipof, n'a probablement pu s'empêcher de sourire à l'idée de voir ses pairs s'incliner devant son infaillibilité. De même, je vois mal un collègue se fier à une enquête des Renseignements généraux. A l'EHESS, c'est bien connu, ce sont plutôt la CIA ou le KGB qui sont les références les plus sollicitées.
Ce qui ne change rien sur le fond. Si nul aujourd'hui, à dix jours du scrutin, n'est capable de confirmer ou d'infirmer la prédiction annoncée ci-dessus, celle-ci n'a rien d'irrecevable et doit faire partie des scénarios qu'il faut se préparer à affronter. J'ajouterai juste une chose. Comme le notent de nombreux commentaires de ce hoax (ou de sa version RG), crier au loup est une vieille tactique qui a beaucoup servi. Il n'y a qu'une élection pour laquelle on a jugé superflu de ressortir cet épouvantail du placard. Celle de 2002.


Commentaires
1. Le vendredi 13 avril 2007 à 15:48, par Laurent
2. Le vendredi 13 avril 2007 à 16:04, par André Gunthert
3. Le vendredi 13 avril 2007 à 16:18, par Vincent
4. Le vendredi 13 avril 2007 à 18:10, par André Gunthert
5. Le samedi 14 avril 2007 à 02:44, par Fr.
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