Directeur des collections d’appareils de la Cinémathèque française et du CNC, fin connaisseur des archives de la Cinémathèque conservées à la Bibliothèque nationale dont il participe à l’inventaire, Laurent Mannoni était bien placé pour réussir ce pari: proposer à la fois une histoire de la Cinémathèque vue de l’intérieur (dans les derniers chapitres du livre l’auteur fait d’ailleurs partie des acteurs évoqués qui oeuvrent au classement et à la diffusion du patrimoine conservé par la Cinémathèque) et un regard éclairé et distancié sur les querelles, les trahisons, les engagements et les personnalités controversées d’Henri Langlois et Mary Meerson, qui ont longtemps retardé la parution d’un tel ouvrage. C’est certainement ce qui en rend la lecture passionnante pour qui a à coeur de comprendre le rôle de la Cinémathèque dans la sauvegarde et la diffusion du patrimoine cinématographique, l’émergence de la Nouvelle Vague, ou encore l’apparition d’une muséographie du septième art et les débuts des études cinématographiques. Car cette Histoire de la Cinémathèque française vaut à plusieurs niveaux: histoire du cinéma, des relations entre culture et Etat, histoire intellectuelle de plusieurs générations traversées par Langlois – en particulier la Nouvelle vague – elle rend justice à la Cinémathèque et à ceux qui se sont battus pour qu’elle continue à vivre dans l’esprit de sa création, comme lieu de partage d’une passion commune, lieu de création et d’expérimentation autant que d’hommage aux maîtres du passé.

Il est révélateur qu’un tel ouvrage paraisse aujourd’hui, signe que la Cinémathèque est entrée dans une nouvelle ère. Si, comme l’écrit Laurent Mannoni dans son dernier chapitre, le récit des "années Costa-Gavras" ou de la "révolution Païni" ne font pas encore tout à fait partie de l’histoire, l'auteur propose néanmoins avec délicatesse les premières pierres d’un récit de la période post-Langlois. Trente ans après la mort de son fondateur, l’ouvrage de Laurent Mannoni contribue à tourner une page, sans nier les défis à venir ou les luttes n’influence, ni renoncer à l’héritage du fondateur mythique de la Cinémathèque et de ses collaborateurs passionnés. Gardien du trésor que constituent les archives et les collections de la Cinémathèque, Laurent Mannoni, en nous les faisant partager, ouvre aussi une voie riche de promesses pour les historiens du cinéma.

Préprint Etudes photographiques, n° 20, mai 2007 (à paraître).