image Sur Prises de parti journalistiques, le blog de Cyril Lemieux, on lira une précieuse analyse consacrée à l'évolution de la représentation de l'insécurité dans les médias. Sous le titre ironique: "Il n'y a plus d'insécurité en France", le sociologue constate la quasi disparition du thème des journaux des grandes chaînes de télévision (4% des sujets traités au dernier trimestre 2006). Revenant sur la surexposition qui a caractérisé la campagne présidentielle de 2002, Lemieux rappelle les protestations d'objectivité des directeurs d'antenne, qui juraient ne rien faire d'autre que reproduire fidèlement la réalité. Si ces professionnels de l’information ont raison, on doit logiquement déduire du fait que leurs rédactions ne nous parlent pratiquement plus aujourd’hui d’insécurité que celle-ci a “bel et bien” quasiment disparu dans notre société (sans quoi, ils devraient considérer de leur devoir de nous en parler). S’ils ont tort (ce qui, après tout, n’est pas entièrement exclu), il faut en conclure que la médiatisation d’un phénomène obéit à de toutes autres logiques que celles du “miroir de la réalité” derrière laquelle ces professionnels se retranchent si promptement.

Ces deux analyses se rencontrent sur un point: le constat que les journalistes paraissent les moins bien à même de contrôler ce qu'ils font. Malgré la multiplication des "médiateurs" (qui, à l'exception récente de Véronique Maurus, semblent n'avoir pour fonction que d'institutionnaliser la justification ou la négation des dérapages observés), cette profession paraît curieusement incapable de comprendre les ressorts de ses actes et d'en admettre la critique. Il pourrait bien y avoir là l'une des causes du malaise actuel face à la presse.