Certains (j'en ai croisé dans les partis de gauche) réagissent en renversant le thermomètre. Compte tenu de l'exaspération d'une partie grandissante de la population face à ses élites, il suffirait de prendre le contrepied de ce qu'affirment les organes dominants pour se faire une idée correcte de la situation. Cette réaction, qui s'appuie sur l'expérience du référendum sur la constitution européenne, n'est pas dénuée de tout bon sens. Elle alimente aujourd'hui bon nombre des choix de l'équipe de campagne du PS, depuis le rôle donné aux débats participatifs jusqu'aux réactions de Ségolène Royal face à la presse. Toutefois, cette position ne peut par définition reposer sur aucun paramètre vérifiable et revient à la doctrine du doigt mouillé, sinon à la croyance pure et simple.

Cela fait déjà quelques années que nous n'avons plus aucun outil fiable pour nous renseigner sur la réalité de l'évolution des rapports de force politiques. Les sondages ne photographient plus rien, que leur propre incertitude. Faut-il admettre de se donner rendez-vous le 22 avril pour constater à ce moment-là l'étendue de notre impuissance? Je pense au contraire qu'il est urgent de renouveler le stock de nos outils d'analyse. Dans mon domaine de spécialité, l'image, c'est ce que j'ai tenté de faire en observant les résultats disponibles de la plate-forme de vidéos Dailymotion, qui présente plusieurs caractéristiques intéressantes, dont celle de produire un comptage transparent et en temps réel des accès aux films. Mise en parallèle avec d'autres données, cette information est susceptible de fournir des indications qui n'existent nulle part ailleurs et permettent de corriger la vision médiatique dominante. Il existe certainement d'autres sources d'informations, notamment sur le net, il suffit de les chercher. Sans perdre de temps, si l'on veut comprendre quelque chose à ce qui s'annonce comme l'une des échéances les plus lourdes et les plus complexes de la période.