Alain Duhamel piégé par le web
Par André Gunthert, vendredi 16 février 2007 à 06:52 (6450 vues, permalink, rss co) :: Médias
L'effet Dailymotion a encore frappé. Cette fois, ce n'est pas un responsable politique qui est victime d'une petite phrase enregistrée au débotté et diffusée sur la toile, mais le plus chevronné des commentateurs politiques, Alain Duhamel en personne. Après avoir appris par l'intermédiaire du blog de Guy Birenbaum la déclaration du chroniqueur en faveur de François Bayrou, effectuée le 27 novembre dans le cadre d'un débat public à Sciences Po, France Télévisions puis RTL ont pris la décision de le suspendre de campagne.
Laissons de côté le sujet de dissert du jour (un chroniqueur politique peut-il conserver sa crédibilité après avoir révélé en faveur de quel candidat il vote? Je ramasse les copies dans deux heures). Si la transparence devait être de mise, il faudrait nous expliquer pourquoi aucun d'entre eux ne s'est jamais aventuré à déclarer sa préférence. Même Jean-Pierre Elkabbach n'a jamais dit publiquement qu'il voterait Sarkozy – et à vrai dire, son inclination notoire n'est pas ce qui contribue le plus à la crédibilité de ses interviews politiques sur Europe 1. La décision des chaînes, prise le jour même de la diffusion d'un "A vous de juger" avec François Bayrou, était inéluctable.
Plus intéressant est le cheminement de l'information sur la toile puisque, comme dans le cas de la vidéo "Profs: Ségolène en off", l'enregistrement était ancien. Le moment de cristallisation est constitué par l'enquête d'une journaliste d'"Arrêt sur images" consacrée à l'effet Bayrou ("Bayrou, chouchou du Net (et d'Alain Duhamel)"), publiée le 11 février sur le site de l'émission. A la recherche des manifestations d'un engouement en faveur du président de l'UDF, Sophie Gindensperger repère la déclaration de Duhamel, mise en ligne le 5 février sur le blog Jeunes UDF Paris ("Alain Duhamel ose"), qui utilise Google vidéo comme support de streaming. Une copie est également envoyée sur Dailymotion. Cette plate-forme étant désormais un support d'information politique à part entière, c'est là que des internautes la découvrent, et la signalent à Guy Birenbaum mercredi soir.
Qu'Alain Duhamel soit victime du même effet (la gaffe enregistrée) que celui dont avait souffert Ségolène Royal est un clin d'oeil savoureux qu'apprécieront les aficionados du célèbre chroniqueur. La crédibilité de son analyse avait été sérieusement écornée par son "oubli" de l'étoile montante du parti socialiste dans son ouvrage, Les Prétendants (récemment réédité en poche) et la réaffirmation périodique de sa détestation de la dame en blanc n'était pas une preuve manifeste de l'équilibre de ses jugements. Le web a-t-il fourni à France Télévisions le prétexte pour se débarrasser d'un intervenant devenu un peu encombrant? Réponse de l'intéressé ce matin sur RTL à 7h50.
Tags: blogosphère, présidentielle, vidéo
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1. Le vendredi 16 février 2007 à 09:22, par André Gunthert
2. Le vendredi 23 février 2007 à 12:42, par André Gunthert
3. Le vendredi 23 février 2007 à 19:40, par André Gunthert
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