Comme le montre le long argumentaire de Patrick Amory, qui reprend point par point les différents éléments du portrait à charge que dressent de lui les journalistes du service politique du Monde, c'est par une série d'allusions sournoises et de sous-entendus insidieux que l'article échafaude la conviction du lecteur. Dans la meilleure tradition du journalisme d'investigation période Plenel-Gattegno, Bacqué-Chemin n'appuient leur thèse que sur une seule source: les révélations des paparazzi Pascal Rostain et Bruno Mouron (Thérond, qui aurait adoré cette histoire, n'est plus là pour démentir). Construire un récit à partir d'éléments aussi minces est tout un art. Il y faut le sens de la description (“Dans un coin, des cannes en bois, abandonnées”), l'assurance du degré d'intimité nécessaire (“Zouzou”), le dialogue comme si vous y étiez (“Un taxi va t'apporter des photos dans une enveloppe, grogne le patron, laconique”), sans oublier le détail qui tue (“Prépare-moi des spaghettis bolognaise, dit-il à un serveur de ses amis. – Pas de sauce tomate”).

Il y a évidemment un scénario plus simple et plus plausible: une photo pas du tout cachée, prise par un proche au vu et au su de tous, transmise à Match avec l'assentiment de la famille – et assortie, bien sûr, de l'interdiction de révéler son origine. Mais allez faire une double page du Monde avec une histoire si peu rocambolesque...

Illustration: vignette extraite du Sceptre d'Ottokar, Hergé, Casterman, 1947.
Avec mes remerciements à Roland Quilici.