Actualités de la Recherche en histoire visuelle

 

Compte rendu de "L’image au service de la révolution", de Michel Poivert

Michel Poivert, L’image au service de la révolution. Photographie, surréalisme, politique, Cherbourg, Le Point du Jour, 2006, 128 p, 30 ill., 19 €.

Avec ce livre bref et dense qui rassemble cinq essais publiés au fil des douze dernières années (dont trois dans Études photographiques), auxquels s’ajoute le texte inédit d’une conférence sur "Walter Benjamin et le repère surréaliste", Michel Poivert dresse le bilan de l’un des plus importants chapitres de l’histoire de la culture visuelle moderne. Reconfigurant certains éléments centraux de son champ d’investigation, il ouvre en même temps de nouvelles perspectives à l’étude du surréalisme. Celui-ci, on le sait, n’avait pas pour seule ambition de transformer l’art: c’est la vie elle-même qu’il aspirait à bouleverser de fond en comble. Fol espoir résumé alors sous le mot de "révolution", présent ici dès le titre. Ce serait en effet ne rien comprendre aux plus marquantes des propositions surréalistes, et à leur force de déflagration supérieure, que de ne pas voir qu’elles procédèrent toujours d’un désir de nature politique autant qu’esthétique. L’auteur y insiste d’emblée dans la préface qu’il donne à son recueil, intitulée "L’au-delà de l’usage", où la photographie, par son ancrage à embranchements multiples au sein de la culture et, en un mot, parce qu’elle «n’était pas de l’art» (p. 8), apparaît comme le médium le mieux adapté à incarner cette double dimension. Déplaçant sur le terrain de l’art, à la suite de Dada, des images dont les raisons et les fins lui étaient parfaitement étrangères, les surréalistes firent de la photographie l’instrument d’une conversion du regard qui, dans toute sa portée, constitue sans doute leur legs le plus "révolutionnaire".

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David, la vidéo du sous-marin, c'est par ici...

Chroniqueur d'"Arrêt sur images", David Abiker savourait avec gourmandise la bourde du sous-marin de Ségolène Royal, interviewée sur RMC/BFM TV le 24 janvier 2007. Soucieux du bonheur du commentateur, signalons-lui qu'il peut visionner dès à présent sur Dailymotion l'enregistrement du nouvel entretien de Jean-Jacques Bourdin, consacré ce matin à Nicolas Sarkozy. Il constatera avec plaisir que le candidat de l'UMP chute lui aussi sur cette même question, devenue la spécialité du journaliste (8h50). Mais pour l'amateur de bourdes impartial, un pas supplémentaire est franchi avec le dialogue de sourds entre Bourdin et le ministre de l'intérieur sur la tendance religieuse d'Al Quaeda (8h24). Malgré l'affirmation répétée de l'intervieweur, Nicolas Sarkozy persiste à nier que l'organisation terroriste sa rattache à l'obédience sunnite. Un sommet du rire que ne manquera d'apprécier David Abiker – nul doute que, là encore, le chroniqueur ne pourra s'empêcher d'avoir envie “d’embrasser, de serrer dans (ses) bras” le candidat malmené.

Prompts à repérer un effet de réitération, plusieurs journaux ont réagi dès la mi-journée sur leurs sites, dont Le Figaro, Le Monde et Libération – ce dernier avec une antisèche très détaillée sur la question des sous-marins (que l'on ne saurait trop conseiller aux candidats de potasser pour leur prochain passage chez Bourdin). Instruit lui aussi par le précédent, le PS s'attend à un ralliement massif d'intellectuels de droite. – David, si ça te tente...

Internet Explorer est notre ami

image Pas de billets ces derniers jours, mais quand même bricolé le blog. Il y a des jours comme ça, où on a envie de regarder sous le capot. Enlevé définitivement les trackbacks (ou rétroliens), qui servent très peu aux blogueurs, dans ma partie de sphère, mais beaucoup aux robots spammeurs. Du coup, l'espace réservé aux commentaires est moins fouillis, le formulaire a été élargi, j'espère qu'il est plus accueillant. Quelques corrections de code ont enfin fait réapparaître la colonne de droite sous Internet Explorer, qui refusait de s'afficher dans pas mal d'environnements. J'ai résisté longtemps à cette mise à jour, suivant en cela la philosophie de certains Dotcleariens, pour lesquels IE est un élément négligeable du paysage, une antiquité vouée à disparaître. Toi, ami lecteur, qui serait mon semblable si tu utilisais Firefox 2.0 (c'est gratuit, c'est plus vite, c'est plus sûr, c'est mieux), sache que tu as tort de persister, par pure paresse, à conserver cet outil. Mais sache qu'ici on te pardonne – surtout lorsqu'on considère les statistiques, qui montrent que tu représentes bon an mal an encore 55% des consultations de ce blog.

La progressive éclosion de blogs de collègues ou d'étudiants de l'EHESS m'a incité à ajouter une liste de liens estampillée "Ecole" dans la colonne de navigation. Dans le contexte de la campagne présidentielle, on notera tout particulièrement l'ouverture début février du blog de Cyril Lemieux, sociologue des médias. Merci de me signaler les oublis, modifications ou créations permettant de tenir cette liste à jour.

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Call for papers: colloque "images et sons de mai 1968"

Appel à communications (date limite : 1er juin 2007)
Colloque "Images et sons de mai 1968 (1968-2008)", Paris, Institut national de l’audiovisuel, 15-17 avril 2008

Depuis quarante ans, "Mai 68" occupe, dans les imaginaires collectifs, une place singulière. Sa perception même a connu des infléchissements considérables. A l’heure où les débats sur les conséquences de mai 68 envahit l’espace public, il est important de poser la question: «Que reste-t-il de 68 aujourd’hui?». La simple évocation du mouvement de mai fait surgir dans l’esprit de chacun, acteur ou spectateur des événements, partisan ou adversaire des "idées de 68", ou celui, trop jeune aujourd’hui pour l’avoir vécu, un éventail d’images, parfois nourrie de sons, qui semble, à coup sûr, caractériser un moment vivant de l’histoire contemporaine. Il suffit de prononcer "Mai 68", et le décor paraît planté. Que des affrontements violents opposent, au Quartier latin, forces de l’ordre et étudiants, qu’une manifestation dans les rues de Paris rassemble des centaines de milliers de participants, qu’une grève avec occupation d’usine prenne de l’ampleur et se prolonge, et naturellement les images de mai 68 rejaillissent dans les têtes comme sur les écrans. Toutefois, ce décor est-il le même pour toutes les générations, tous les milieux? La similitude est cependant explicitement recherchée par les protagonistes des nouveaux conflits, comme l’indique, par exemple, l’adaptation d’affiches de 68 à une situation sans grand rapport avec l’événement ou la référence symbolique aux slogans peints à l’époque sur les murs. Plus significatif encore, les images de mai 68 semblent appartenir au patrimoine commun des Français, à tel point, du reste, que s’en dégage parfois un parfum consensuel. Comment comprendre autrement la campagne publicitaire lancée en 2005 par les magasins Leclerc détournant à son profit les mots d’ordre et les placards qui avaient fleuri à l’époque sur les murs des villes?

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Un nouveau look pour Homo numericus

image Mis à part les sites de graphistes, on ne peut pas dire que la blogosphère témoigne d'un souci marqué pour les questions d'habillage. Raison de plus pour signaler le nouveau look de nos camarades d'Homo numericus, journal en ligne consacré aux relations entre technologies numériques et société, sous la houlette de Pierre Mounier. Très Bauhaus-like, cette maquette soignée a été conçue par Mika et Patrick, du collectif Sur le toit. On aime beaucoup! A quand le toilettage du petit frère, Blogo numericus?

Parution de "L'image ouverte" par Georges Didi-Huberman

Les éditions Gallimard annoncent la parution de:
L'Image ouverte. Motifs de l'incarnation dans les arts visuels
Par Georges Didi-Huberman.

Ce livre interroge les relations anthropologiques cruciales que les images entretiennent avec le corps et la chair, au-delà des notions usuelles d'anthropomorphisme ou de représentation figurative. Y sont analysées les diverses façons dont les images vivent la chair, que ce soit la chair d'Aphrodite formée de l'écume ou celle du Christ sacrifié sur la croix. Paganisme et christianisme, chacun avec ses propres cadres de pensée, auront, en effet, tous deux cherché à atteindre, voire à transgresser, les limites de l'imitation: là où les métaphores deviennent métamorphoses, là où les signes qui représentent deviennent les symptômes qui incarnent. On découvrira cette puissance extraordinaire des corps lorsqu'en eux la chair vise l'image, par exemple dans la stigmatisation de saint François au XIIIe siècle, les crucifiements des Convulsionnaires de Saint-Médard au XVIIIe siècle ou les "clous" hystériques de la Salpêtrière au XIXe siècle. Une traversée impressionnante d'images qui ne sont pas faites pour décorer, simuler ou consoler, mais pour agir, nous bouleverser et nous donner accès à quelque chose comme une profondeur.

Collection "Le temps des images", 410 p., ill. NB et coul., 35 €.
Nota Bene: billet n° 300.

Doc Gynéco reçu à Dailymotion

image Loïc Le Meur le prophétisait: le off n'existe plus. Il va falloir apprendre à gérer ses nerfs, en toutes circonstances. Après Ségolène Royal, après Alain Duhamel, l'effet Dailymotion fait une nouvelle victime, cette fois parmi les soutiens revendiqués de Nicolas Sarkozy. Auteur d'un récent Les Grands Esprits se rencontrent. 2007, Sarkozy et moi, une amitié au service de la France (éditions du Rocher), Doc Gynéco est interviewé le 16 février sur Ouï FM. Pour des raisons inexpliquées, le chanteur s'emporte et menace physiquement son interlocuteur, en lui assénant une série d'amabilités qui témoignent que son pseudonyme n'a pas été choisi au hasard (mais dont la verdeur va rendre difficile une reprise télé). Mis en ligne hier par Johann Roques, copié à plusieurs exemplaires, l'enregistrement dépasse déjà les 30.000 vues aujourd'hui à 13h et fait les gorges chaudes de la blogosphère.

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Le catalogue des films du PCF accessible en ligne

image Le catalogue des films du PCF et du mouvement ouvrier et démocratique, fonds d'archives des années 1920 à nos jours géré par l'association Ciné-archives est accessible sur son site (http://www.cinearchives.org). La consultation des films sur place est gratuite pour les chercheurs.

Contact: Julie Cazenave, Joëlle Malberg, tél: 01 40 40 12 48/50.
Via Marc-François Deligne.

Record d'audience pour Ségolène Royal sur TF1

image Libération.fr, avec sa perspicacité habituelle, pronostiquait dès ce matin: “Il y a fort à parier que les scores de Royal seront plus faibles que ceux de Sarkozy. Pourquoi? Tout simplement à cause des vacances d'hiver: il y a moins de téléspectateurs devant la télé.” Une telle remarque, qui part d'un bon sentiment, illustre la distance entre la perception médiatique et le terrain. Ayant intériorisé la défaveur ontologique de la candidate socialiste (et accessoirement convaincus qu'une majorité de Français virevolte sur les pistes), Garrigos et Roberts tentent d'excuser par avance un score médiocre. Pas de chance, l'audience de l'émission "J'ai une question à vous poser", communiquée par TF1, a battu tous les records: 8,9 millions de téléspectateurs, avec une pointe à 10,6 millions, et 37% de parts de marché (l'émission de Nicolas Sarkozy avait rassemblé 8,2 millions de téléspectateurs avec un pic à 9,7 millions et 33% de pdm). Selon TF1, il s'agit d'un “record d'audience pour une émission politique depuis 15 ans à la télévision”.

Séminaire "De la photographie à l'image numérique" à l'ENS

Séminaire Christian Caujolle, "De la photographie à l'image numérique"
Ecole Normale Supérieure, 45 rue d'Ulm, salle d'Histoire, 2eme étage de l'escalier D.
Chaque mardi, 10h30-12h30, entrée libre.

  • 20 février, Christian Caujolle, autour de la projection de Half Life, de Michael Ackerman.
  • 27 février, Bernard Faucon, pourquoi un photographe abandonne sa pratique, il y a une dizaine d'années; quelles sont ses recherches actuelles, qui utilisent le numérique.
  • 6 mars, Quentin Bajac (CGP), "Une perspective historique, du daguerréotype à l'épreuve numérique".
  • 13 mars, Sébastien Calvet, jeune photographe, qui suit actuellement la campagne de Ségolène Royal pour le journal Libération. Comment un jeune auteur se confronte à la problématique entre information et propagande.
  • 20 mars, Pascal Convert, autour de la mémoire, de l'intégration du document dans la création contemporaine. Comment on passe de la photographie à l'image et de l'image à la sculpture.
  • 27 mars, Georges Didi-Huberman (EHESS), un premier bilan de trois années de recherches sur "la lamentation": "Images de la lamentation, Images lamentables ?"
  • 3 avril, Didier Semin (à confirmer), professeur d'histoire de l'art contemporain à l'Ensba.

Arielle Dombasle‚ le nu‚ le vêtu et la négation de l'âge

On aurait cru le strip-tease bourgeois disparu ou voué aux (mâles) fins de salons professionnels réussis‚ au contentement des touristes venus en cars et des bataillons de grossistes en machines-outils obsolètes. Mais Arielle Dombasle (Paris-Match‚ 8 février) ressuscite le spectacle de "nu artistique" (Barthes) et le requalifie en univers signifiant. En voici les codes investis d'une nouvelle promesse: la transgression de l'âge accompagnée de la négation de ses atteintes.

Par Jean-Yves Ruaux, Seniorscopie.com, 14/02/2007.
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Le phénomène Dailymotion: la thèse

Suite au papier du Figaro, j'ai été questionné sur les a priori de mes remarques sur le rôle de Dailymotion dans la campagne présidentielle. Comme ces remarques s'appuient effectivement sur une thèse sous-jacente, il est peut-être utile de l'expliciter rapidement.

Je ne suis pas le seul à avoir constaté le caractère de plus en plus problématique des enquêtes d'opinion sous la forme de sondages. Auteur du remarquable L'Ivresse des sondages (La Découverte, 2006), Alain Garrigou a souligné l'amplification préoccupante des difficultés de méthode, comme l'augmentation du nombre de refus de réponses. Cette évolution s'inscrit dans la modification des comportements politiques de l'électorat, clairement perceptibles avec les scrutins de 2002 et 2005. Pour prendre un exemple symptomatique, l'attitude décrite par le terme "citoyen", très en vogue sur le net, se décline à l'opposé de la posture militante classique de la référence-révérence à un système donné. Il s'agit au contraire d'une élaboration autonome, supposée fonder une hyper-pertinence déductive et critique. Sans entrer dans le détail de la gamme de ces nouveaux comportements, il me semble qu'on peut les caractériser par une complexification du rapport au politique. Face à cette nouvelle donne, l'outil sondagier, qui a su décrire un état plus simple des relations de l'électorat à sa représentation, est aujourd'hui dépassé et inopérant. Comme il demeure la seule boussole à laquelle se réfèrent les grands médias, l'analyse politique de la campagne actuelle revient actuellement à foncer pied au plancher dans le noir.

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Une couverture de Placid censurée

Comme Placid, je suis troublé de voir les principaux leaders politiques de ce pays, et tous ces intellectuels en goguette et la plupart du temps sans courage, défiler pour sauver l’honneur du malheureux Val et de Charlie Hebdo au procès des caricatures. Devant les caméras de TF1, de France télévisions, etc… Et oublier le reste. La vraie censure est en marche. Elle est perfide, efficace et économique. Elle défend l’honneur des multinationales, des vedettes du foot ou du show biz et des premiers ministres. Elle s’attaque aux petits éditeurs, aux dessinateurs sans ressources, aux écrivains et aux journalistes indépendants.

Par Denis Robert, davduf.net, 17/02/2007 (via Rezo.net).
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La presse lit mon blog

Dans certaines conditions, un blog peut servir à tester la réactivité des organes de presse. Les deux billets "Les vidéos de Ségolène, un indicateur Royal" et "Les vidéos de Dailymotion, un système d'information parallèle", publiés respectivement le 31 janvier et le 5 février, proposaient une hypothèse inédite. A savoir que le décompte des consultations des vidéos sur Dailymotion peut apporter des informations privilégiées sur la réception de la campagne présidentielle. Hypothèse évidemment à discuter et à vérifier (Rémi Douine, doctorant de l'ENST et chercheur associé au Lhivic développe actuellement un modèle plus précis). Le premier billet avait été repéré et cité au bout de trois jours par 20 Minutes.fr et par l'édition des abonnés du Monde.fr. Aujourd'hui, c'est le Figaro.fr qui cite et reprend l'analyse du second. Mon blog n'étant pas très exposé (il ne fait pas partie, à juste titre, des blogs politiques listés par Bonvote et autres palmarès), on peut féliciter le journaliste qui, d'être arrivé jusque là, démontre une pratique assidue du surf. (Comment ça, et Libération? Libération publie des articles rigolots, auxquels Sébastien Fontenelle rend parfaitement justice – fin du troll.)

Alain Duhamel piégé par le web

image L'effet Dailymotion a encore frappé. Cette fois, ce n'est pas un responsable politique qui est victime d'une petite phrase enregistrée au débotté et diffusée sur la toile, mais le plus chevronné des commentateurs politiques, Alain Duhamel en personne. Après avoir appris par l'intermédiaire du blog de Guy Birenbaum la déclaration du chroniqueur en faveur de François Bayrou, effectuée le 27 novembre dans le cadre d'un débat public à Sciences Po, France Télévisions puis RTL ont pris la décision de le suspendre de campagne.

Laissons de côté le sujet de dissert du jour (un chroniqueur politique peut-il conserver sa crédibilité après avoir révélé en faveur de quel candidat il vote? Je ramasse les copies dans deux heures). Si la transparence devait être de mise, il faudrait nous expliquer pourquoi aucun d'entre eux ne s'est jamais aventuré à déclarer sa préférence. Même Jean-Pierre Elkabbach n'a jamais dit publiquement qu'il voterait Sarkozy – et à vrai dire, son inclination notoire n'est pas ce qui contribue le plus à la crédibilité de ses interviews politiques sur Europe 1. La décision des chaînes, prise le jour même de la diffusion d'un "A vous de juger" avec François Bayrou, était inéluctable.

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