Le problème numéro un du magazine est que sa matière première est constituée d'un produit terriblement statique: une page web. Page web dont le déroulement nonchalant, si reposant pour l'oeil, s'effectue habituellement au rythme de la lecture. Qu'à cela ne tienne! Sur iPol, une page web est filmée caméra à l'épaule, comme s'il s'agissait de suivre James Nachtwey sous les bombes en plein Bagdad, à grands renforts de zoom avant-arrière, de décadrages, tremblements, floutages, démisaupointages – un vrai manuel de survie pour contenus inanimés. On n'y voit plus grand chose, mais qu'importe, coco, ça, c'est du visuel! A cette sauce, même la page d'accueil de Frédéric Rolin vous prend des airs de guirlande de Noël, frétillante et clignotante comme si on y avait rajouté tous les bandeaux de pub de Libération.fr.

Au-delà de ces artifices de mise en page, c'est par ses formats qu'on reconnaît derrière le webzine les bonnes habitudes du hertzien: les ponts-aux-ânes de l'agenda médiatique (Hillary, Ségolène, Hulot, Le Pen...), un enquillage de sujets de 2 à 3 minutes, et des interviews de blogueurs ultra-sympathiques, mais qu'on a comme la vague impression d'avoir déjà vu ailleurs... A la télé? John Paul Lepers? Sans blague! Le tout clôturé par un "Politibuzz", caricature de la sondagite des médias traditionnels, réalisé selon une méthodologie assez opaque par la société Scanblog (compilation des données fournies par les moteurs de recherche Blogsearch, Technorati, MSN-Spaces et Ask-Bloglines, sur 16 items préselectionnés, mais aucun chiffre n'est communiqué).

Refeuilleter les pages de l'Obs façon zapping, pourquoi pas. Une chose est sûre, ça n'a pas grand chose à voir avec la teneur des discussions du web cette semaine, sur les vrais blogs de vrais blogueurs. Pas un mot de la parution du Cinquième Pouvoir de Thierry Crouzet, pourtant largement commentée, pas la moindre trace des analyses pointues d'Acrimed, Betapolitique, Carnets de nuit, Guillermo, Hertoghe, Véronis ou Versac, pour ne citer qu'eux.

Sur une chaîne hertzienne ou cablée, on aurait probablement trouvé cette émission plutôt bien faite. Paradoxe? Nullement. Des podcasts foutraques de Loïc Le Meur aux productions léchées de Voisin-Villacampa, le web a déjà inventé et installé sa signature visuelle. Avec toutes les marques d'un savoir-faire venu d'ailleurs (et qui ne demande qu'à réintégrer son univers naturel), iPol n'a rien à faire sur le web, qu'il traite conformément à la grille médiatique habituelle. A vrai dire, le concept même de l'émission aurait dû y faire penser. Les blogueurs prennent la campagne bien trop au sérieux pour imaginer, à tort ou à raison, que c'est seulement à partir de leurs sites qu'il faudrait en observer le déroulement. iPol est typiquement une idée de journaliste ou de producteur télé. Parions que ce programme, actuellement en vitrine sur Dailymotion, retrouvera bientôt un type de diffusion plus conforme à sa vocation.