image Soyons clairs: personne n'écoute une déclaration officielle des voeux. A plus forte raison lorsqu'elle émane des candidats à la présidentielle. On sait bien, avant même qu'ils n'ouvrent la bouche, qu'ils ne (se) souhaitent vraiment qu'une seule chose. Aussi faut-il savoir gré à l'équipe de Ségolène Royal d'avoir apporté un petit supplément d'âme à cet exercice des plus convenus. Mettons côte à côte les vidéos des deux principaux prétendants à la fonction élyséenne: sur le plan visuel, la comparaison est cruelle. Pour Nicolas Sarkozy: ouverture par le logo de l'UMP sur fond de musique d'ascenseur, puis deux minutes quinze de plan fixe sur le candidat unique de la formation majoritaire, fond bleu délavé, logo incrusté, cravate à pois, costume gris, sous-titrage pour malentendants. Une présentation brejnévienne qui témoigne de l'imagination fiévreuse de l'équipe de campagne de la rue La Boétie. Même la prestation chiraquienne, elle aussi abonnée au plan fixe les yeux dans les yeux, était au moins égayée par la bizarre trouvaille de l'animation électronique bleu-blanc-rouge en fond d'écran (rappel involontaire du drapeau de Jacques-Henri Lartigue pour la photographie officielle de Valéry Giscard d'Estaing).

Côté Ségolène Royal, en revanche, deux caméras, l'une fixe, l'autre mobile, pas moins de treize plans en deux minutes, des zooms, des décadrages, pas de maquillage, éclairage ambiant: tous les signes extérieurs de la vidéo amateur - un peu trop lourdement soulignés. Mais aussi trois vraies trouvailles, où l'on quitte l'exercice propagandiste pour les coulisses du cinéma. La guirlande lumineuse, mais aussi l'incroyable col de fourrure synthétique, qui en décline les couleurs. Et puis, last but not least, la manifestation du dispositif, la caméra mobile qui laisse apercevoir un bout de la caméra fixe, une vidéo qui connaît son Godard. Un système qui avait déjà été testé lors d'un précédent message de la candidate, adressé aux blogueurs du PS. Plutôt que de reprendre sur internet les recettes de l'ORTF, l'équipe de campagne socialiste a compris que les usages du web restent marqués par une fracture générationnelle, et vise ici délibérément une cible jeune. On pourra trouver naïfs - ou, à l'inverse, cyniques - les clins d'oeils appuyés de la réalisation en direction du cinéma d'auteur. Mais il faudrait faire preuve de beaucoup de mauvaise foi pour contester l'originalité de son apport dans le genre des voeux officiels. Par sa recherche d'un naturel, fut-il codé, la séquence s'adresse à l'époque et cherche à parler son langage. Parmi ses bénéfices politiques, le moindre n'est pas de soviétiser définitivement les prestations concurrentes.