image Jeudi 7 décembre a été présenté au Centre Pompidou le logiciel Lignes de temps développé à l'initiative de Bernard Stiegler (Institut de Recherche et d'Innovation). Son nom est inspiré de la timeline des logiciels de montage. C'est un outil de repérage extrêmement puissant destiné à l'analyse de films sur support numérique. On dispose du découpage de l'oeuvre séquence par séquence, plan par plan. Ceux-ci peuvent être annotés. Les fonctions du logiciel sont développées au fur et à mesure à la demande de critiques de cinéma qui s'en sont emparés. Il est possible par exemple d'ouvrir deux fenêtres pour comparer les deux séquences successives du même trajet que fait deux fois le même personnage dans Où est la maison de mon ami de Kiarostami. Apparaissent alors les jeux de répétition et de dissemblance. Dans la première séquence le personnage est dans l'image dès le début du plan alors que lors du second trajet il est souvent hors-champ comme si les lieux, que le spectateur désormais connaît, l'attendaient. Il est possible aussi de visionner successivement des épisodes qui interviennent à des moments différents dans le film. Ce que le spectateur perçoit, mais sans pouvoir toujours s'en apercevoir est mis à jour grâce à l'usage de ce logiciel. Une entrée dans le détail du film est ainsi rendue possible. Elle est comparable à l'agrandissement en photographie, qui révèle, comme nous l'a appris Blow up, ce qui était présent mais imperceptible à une autre échelle. En indiquant sur une ligne de temps la présence d'un personnage, en y faisant figurer l'occurrence de tel ou tel dispositif formel, il devient possible de saisir quelles sont les structures du film.

Outil d'analyse, Lignes de temps se veut aussi un outil de rendu, c'est-à-dire de présentation d'une analyse critique réalisée sur un film. Jusqu'à présent, les critiques écrivaient, ils écriront toujours sans doute, il leur est possible d'insérer toutes sortes d'annotations. Mais l'outil qui permet au lecteur d'une interprétation de voir les parallèles, d'appréhender les dispositifs formels et leur organisation procurent à ces critiques, aux cercles d'amateurs, d'autres ressources sans doute extrêmement fécondes.