Alors que, dans certains cas de disparitions, les services de police ont recours à des logiciels qui simulent le vieillissement, la campagne présidentielle est l'occasion pour plusieurs candidats d'expérimenter la machine à rajeunir. Dans un contexte où les deux principaux protagonistes sont de fringants quinquagénaires piaffant à l'idée d'entamer leur premier tour de piste, la compétition paraît ardue pour les deux vétérans: Arlette Laguiller, 67 ans, et Jean-Marie Le Pen, 78 ans, déjà présents en 1974, à l'ère paléozoïco-giscardienne, qui entament leur sixième match.

Qu'à cela ne tienne, avec leurs nouvelles affiches, les deux candidats contredisent le discours selon lequel l'âge ne fait rien à l'affaire et ont au contraire demandé à la photographie un sérieux coup de pouce. Côté Lutte ouvrière, le trucage est simple et économique: on reprend le portrait de la présidentielle de 2002, déjà plus de la première fraîcheur à l'époque, on demande à Photoshop un petit coup d'atténuation supplémentaire, et le tour est joué. L'image jouxte l'adverbe "sincèrement", avec lequel elle jure un peu, mais on ne va pas s'arrêter à de si minces détails.

Au Front national, la mise en scène est plus complexe. Entraînant en une souriante farandole les six acteurs de la campagne d'affichage "Droite/gauche, ils ont tout cassé", Jean-Marie Le Pen vise, de l'aveu même de sa fille Marine, responsable stratégique de la campagne, le rajeunissement. Cette prise de vue en studio à l'éclairage savamment dosé a fait l'objet d'une retouche attentive. La dynamique de l'image et sa chromogénie apaisante cherchent leur inspiration du côté de la série des "Martine", célèbres albums de Marcel Marlier et Gilbert Delahaye, qui forment assurément un gage de jouvence. Mais la photographie ne peut truquer que les apparences. Malgré ces images lénifiantes qui ne rassurent que les candidats, on devine que la tâche va cette fois être rude pour les seniors de la présidentielle.